In order to view this object you need Flash Player 9+ support!

Get Adobe Flash player
Joomla! Slideshow
Home TAGPress Tunisie Entretien : Isabelle Bailly- Grandvaux, présidente de l’association ARTPOL- France

Entretien : Isabelle Bailly- Grandvaux, présidente de l’association ARTPOL- France

artpol« Tous unis pour la Tunisie… »
L’association ARTPOL travaille depuis 2009 sur un grand projet d’arts plastiques qui réunira des artistes tunisiens et français ; une première rencontre aura lieu du 9 au 18 septembre prochain à Poligny- Jura en France, puis une seconde manifestation se produira à Tunis, du 20 au 29 avril 2012. La présidente de l’association ARTPOL, Isabelle Bailly-Grandvaux était parmi nous en Tunisie pour établir des contacts avec toutes les parties concernées afin de garantir le maximum de chance à son projet.

Nous l’avons rencontrée et sollicitée pour qu’elle nous en fournisse davantage de précisions ; sur son parcours, ses motivations et son choix pour les artistes plasticiens tunisiens. Interview.

Le Temps : quelles ont été votre formation et les fonctions que vous avez occupées avant de vous lancer dans l’Association ?

Isabelle Bailly- Grandvaux : après deux années à la faculté de droit, j’ai passé une maitrise en économie et relations humaines. J’ai suivi parallèlement une formation aux beaux arts puis une formation d’éducatrice. De nombreuses directions professionnelles qui ont contribué à ce que je suis maintenant, une artiste avec des compétences pédagogiques, des capacités en gestion, et qui n’a pas peur de se lancer dans des projets d’envergure ayant des connaissances indispensables pour monter les dossiers en conséquence avec des organismes publics ou privés.
Pour obtenir un poste dans l’administration, j’ai passé les concours de la fonction publique et j’ai obtenu un grade élevé dans un service d’aide sociale. J’ai dirigé durant 15 ans le service aux personnes émigrantes issues du bassin méditerranéen. Puis j’ai monté mon atelier d’artiste et en parallèle, un lieu de cours pour enfants, adolescents et adultes. Un diplôme supplémentaire, le DEFA, diplôme d’Etat d’animatrice qui me permet désormais de diriger un établissement de ce genre. Ce n’est qu’en 2004 que j’ai fondé l’Association ARTPOL pour des artistes plasticiens déclarés et professionnels vivant ou exerçant dans la région de Franche-Comté en France.

Quelles ont été les motivations qui vous ont poussée à vous investir dans l’art plastique ?

Depuis ma douce enfance, j’ai été formée aux arts plastiques. Tout d’abord par mon père qui était de formation ébéniste sur bois puis pour des raisons de santé s’est converti au métier de la photographie d’art. Donc pour moi, tout ce qui touche au bois, à l’ébénisterie d’art m’est familier. En ce qui concerne la photographie, je suis « tombée dedans » depuis mon jeune âge avec un papa photographe qui m’initie avec rigueur au noir et blanc. Mais mon univers devient celui de la couleur, pris dans le milieu sombre des salles de spectacle où seule la scène est éclairée. Pas de flash, juste des réglages et des mouvements d’appareil, et surtout pas de modification avec des logiciels photo. Un résultat « direct et fidèle » coloré, tout en mouvements, et un peu mystérieux. Une approche différente de la photographie, sans intervention informatique, mais seulement humaine et visuelle de l’artiste. De la photographie plasticienne à l’état pur avec une touche de présentation parfois sous forme d’une installation. Avec une formation « beaux arts », je touche aussi à la peinture sur tous les supports, toiles, bois, verre, etc… technique que je transmets au sein de mon école ISATIS à des élèves de 2 à 89 ans. Pour compléter, je suis également correspondante de presse pour un journal.

Parlez- nous du projet qui réunira au mois de septembre prochain, des artistes français et tunisiens ; qui en est l’instigateur ?

L’Association ARTPOL organise en moyenne plus de 40 expositions par an et très peu à l’étranger pour des raisons financières. Je suis présidente de l’Association, mais à mes côtés, des adhérents membres du conseil d’administration œuvrent à l’organisation de projets « plus vastes » dont celui qui va se dérouler en septembre par la venue en France de 10 Tunisiens puis en avril 2012 le voyage en Tunisie de 10 Français. Pour compléter, une commission travaille sur les échanges avec l’étranger, et avec ARTPOL, des administrations françaises comme le Conseil Régional ou Général (département) mais aussi, des organismes comme Culture France à Paris. Reste à travailler avec les Instituts français dans les pays étrangers, comme l’Institut Français de Tunisie à Tunis avec qui tout reste encore à faire, mais les contacts actuels semblent prometteurs. En effet, pour obtenir des aides financières, il est indispensable que des relations se tissent entre tous ces partenariats. Berlin en Allemagne, ou Marrakech au Maroc, les projets ne manquent pas, mais avec la Tunisie, c’est une affaire « de cœur » car depuis plusieurs années, madame Alia Kateb artiste de Tunis a fait sa demande pour adhérer à ARTPOL en France et venir exposer avec les artistes français. Une relation étoffée de par ses liens familiaux avec une artiste française d’Artpol également. L’idée a donc germé pour mettre en place un accueil plus organisé avec plusieurs artistes tunisiens de techniques variées. Le Conseil d’Administration a accepté le projet en 2009 et depuis, ARTPOL qui travaillait initialement à l’organisation d’un échange pour 2011 pour les Français en Tunisie, a dû reporter ce voyage pour avril 2012 à cause des événements de fin 2010. Les dates sont désormais bien arrêtées, les Tunisiens viendront en premier en France, du 9 au 18 septembre 2011 et les Français iront en Tunisie, du 20 au 29 avril 2012.

Pensez-vous organiser d’autres projets similaires, les années à venir ?

Oui, il est prévu un échange avec le Maroc et un autre avec la Hongrie. Le problème est de trouver des financements car les artistes français ne « roulent pas sur l’or » selon l’expression française, et leur pouvoir d’achat est très bas. En France, les artistes doivent déclarer leur activité artistique et établir un compte de résultat annuel sur lequel sont calculés des charges sociales et fiscales mais aussi des impôts. Les artistes qui ont en plus, des charges de famille, ont beaucoup de mal à « finir les fins de mois » et parfois se retrouvent en grande difficulté. Chacun trouve des solutions pour compléter les ressources en faisant des petits boulots ou des interventions pédagogiques, car les ventes sont rares, les clients hésitent en période de « crise » de dépenser dans des achats « non indispensables ».

Sur quels critères, avez-vous choisi d’exposer des artistes tunisiens ?

Pour le choix des artistes tunisiens, nous avons eu recours aux services très appréciables de madame Alia Kateb, qui expose beaucoup en Tunisie et à l’étranger, donc qui connaît bien les artistes de son pays et les techniques qu’ils utilisent. Pour ARPOL, nous avons fixé certains critères comme avoir une activité professionnelle réelle, être disponible durant les périodes des deux échanges, pouvoir accueillir un artiste chez soi, et être disposé à organiser une exposition franco/tunisienne en relation avec madame Alia Kateb, notre interlocutrice en Tunisie pour avril 2012 sur Tunis. Au niveau de l’âge, aucune limite, car nous avons constaté que les mélanges de générations apportaient une valeur essentielle aux rapports humains, y compris dans les savoirs- faire artistiques, hommes et femmes bien entendu.

Aviez- vous déjà entendu parler de la Tunisie avant d’y venir et dans quel contexte ?

Oui, par ma famille car mon père a vécu deux ans en Tunisie lorsqu’il était jeune et exerçait encore le métier d’ébéniste. Il était basé à Rémada et naviguait dans les villages alentours comme Tataouine, Douz, Bordj le Bœuf…Au départ, il y était allé comme militaire durant 18 mois pour son service militaire français. Durant cette période, il arpentait à dos de chameau, le désert comme membre d’une unité méhariste et il a travaillé à moderniser les bâtisses des postes disséminées dans le désert. En tant que menuisier ébéniste, il a surtout apporté son savoir dans le domaine du bois. A la fin de son service, il est resté pour travailler et fabriquer essentiellement des portes dont le style du sud tunisien lui plaisait beaucoup. Celle de la caserne de Rémada est une de celles qu’il a réalisées. Pour des raisons de santé, il a dû rentrer en France, mais il parlait sans cesse de « Sa Tunisie », et encore maintenant à 81 ans, il en parle toujours. Il est très fier que je sois également une « amoureuse de ce pays » qu’il aime tant.
Il y a quelques années, il est retourné dans le désert et a pu constater que nombre « de ses portes » made in France/Tunisie, sont toujours là sur les maisons. Malheureusement, les sentinelles du fort de Rémada lui ont interdit de les prendre en photos pour pouvoir témoigner auprès de ses petits enfants, de son passé de Maître ébéniste dans le désert.

Vous avez connu la Tunisie, après la Révolution, quelles en sont vos impressions ?

Effectivement, j’ai suivi de près les événements en Tunisie de fin 2010 à la télévision mais aussi dans la presse nationale française, mais j’ai constaté de visu, la situation lors de ma venue en avril 2011 à Tunis. Les barricades un peu partout, les barbelés inhabituels devant les lieux publics, la méfiance des gens, la crainte même pour des femmes que je connaissais pour courageuses, qui ne voulaient plus sortir de chez elles non accompagnées et jamais de nuit et qui fermaient les vitres de la voiture…..des preuves que rien n’était pareil et que beaucoup de choses avaient déjà changé mais aussi allaient et devaient changer. Un char devant une ambassade ? Un dispositif un peu excessif ? Comment dire ce que j’ai ressenti en voyant cela ? Comme un semblant de décors de guerre mais aussi comme de théâtre ? J’ai visité les lieux où il y avait eu le plus de troubles et de manifestations. J’ai regardé les rues jonchées de détritus, les maisons de la famille de Ben Ali détruites, j’y ai photographié des graffitis laissés par des Tunisiens en colère, mais aussi la beauté intacte d’un pays qui avait eu le courage de dire « Stop assez, il faut que ça change » ! Mais c’est en juillet de la même année, trois mois plus tard, que je suis revenue et que j’ai constaté d’autres choses plus marquantes mais moins visibles. Les touristes étaient absents du centre ville, désertant les hôtels, (dans le mien, j’étais la seule touriste avec mon amie), les autres préférant les villages de vacances extérieurs où la sécurité est en milieu fermé. Je me suis promenée seule dans la Médina et même le vendredi soir pour y effectuer des achats pour mes amies françaises. J’y ai vu des marchands exposer à même le sol en quantité beaucoup plus importante, mais aussi des forces de l’ordre un peu dépassées, un laisser- faire flagrant, des automobilistes qui en profitent, etc…Le plus stupéfiant pour moi, a été le refus des taxis de me conduire seule dans des lieux qu’ils jugeaient dangereux pour moi. « Non je t’emmène pas là bas, il y a des barbus qui tapent les femmes…. ». Je n’ai jamais eu peur et je donnais une adresse d’hôtel à proximité pour déjouer leur interdiction et je me suis rendue partout. Je suis convaincue que pour poursuivre sa mission de renaissance, la Tunisie a besoin de tout le monde, y compris des touristes pour l’économie, et que ce n’est pas en la fuyant que je participerai à l’aide dont elle a besoin. Un vendredi soir, un Tunisien d’environ 60 ans, m’a demandé ce que je faisais là, seule dans le quartier de la Porte de France. Je lui ai répondu que j’étais où la Tunisie avait besoin que je sois, là où je peux donner mon argent, pour faire vivre le pays qui en a besoin. J’ai essayé de lui faire comprendre que tous les Tunisiens devraient faire comme dans la superbe publicité qui passe en France où il est dit : « Tous unis pour la Tunisie » et où des Tunisiens de tous les âges se donnent la main pour former une grande chaîne de solidarité pour accueillir les touristes. Voilà ce que je pense et mes impressions sont celles de la confiance pour un peuple courageux qui doit encore se battre une nouvelle fois pour instaurer une situation bien réglée. Il doit cependant laisser de côté l’aspect « manifestations incessantes » qui dérangent le touriste, mais aussi, le peuple tunisien qui doit se remettre au travail en toute quiétude.

Propos recueillis par : Sayda BEN ZINEB - Le Temps

 

tagalerie-accueil

 

tagoeil

catalogue-salon-artistes-tunisiens

Kritik-d-Art


 

Facebook Fan Page TAG-TunisiArtGallerieskom-koilogo-yaka