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Le trait qui tue : Habib Bouabana

sept2011/bouabanaTunisien, il a le trait, il a la palette. Révolté avant l'heure, il a lancé ses flèches tous azimuts. Il a vécu la misère, il n'a pas survécu.

A l’ère où les nantis du pouvoir jouent les prolongations, Habib Bouabana s’est éteint, d’un coup, aux alentours de 60 ans.

 

"Comme un autoportrait"© Nouredinne Messaoud

Quelques courtes années seulement … et depuis moins de 10 ans, début octobre, se succèdent les «Hommages à Habib Bouabana», tel l’actuel à l’Espace Ken.


Du Baba Cool au Warrior

Cheveux longs, «Peace and Love», il avait crevé la toile soixante-huitarde, entre les unités de couleurs et les personnages modules à la Mondrian et les touches tourmentées à la Modigliani … Pas imitateur pour deux sous, mais une parenté d’inspiration, il sera largement reproduit après sa mort.

Le marché de l’art étant juteux, certaines de ses toiles sont actuellement cotées à des dizaines de milliers de Dinars tunisiens…

Rien à voir, avec les ¾ de sa vie de «persona non grata», sans le sou : revendant plusieurs fois la même toile pour subsister.

Mais les peintres, ne sont pas comme les boîtes de conserve : ils ne se reproduisent pas en séries et s’autorisent des errances. Habib Bouabana s’il ne donnait pas dans l’orientalisme folklorisant, s’était tout de même inventé son univers particulier.

Le trait rapide et sûr, ne reprenant presque jamais ses compositions, il avait fini par s’y identifier : crâne rasé, grosse chevalière, une stature de guerrier.

« Construire des routes sur la mer »

Ses idéaux ressortiront d’autre manière, à l’époque où parolier (vers les années 90), l’Algérien Ilyas Hanine mettra ses textes en musique et les produira en concert à la Maison de la Culture Ibn Khaldoun, par exemple:

« Ya Sahby ! ô mon ami ! Kaiïn ou kaïn ! Il y a des gens et des gens

« Qui construisent des ponts sur la mer … »

Pas bien compliqué de comprendre aisément, l’échec d’une telle entreprise ! en dehors des tunnels et de l’ombre des abysses, qui aurait vu un pont sur la mer ???

Et ses paroles de continuer ainsi, comme une litanie à la Prévert :

« Il y a ceux qui versent du poison dans les verres

« et ceux qui incarcèrent »

«Il y a celui qui porte le couffin » (c’est-à-dire le corrompu !)

« Et il y a le démocrate »

Déjà ? Eh bien oui ! déjà ! Il y a 15 à 20 ans. Dire qu’il paraissait insupportable au régime c’était peu dire !
 

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"... une souffrance depuis 20 ans" ©Nouredinne Messaoud

 

Les jeux de la misère et du hasard

En conséquence, les poches vides, très seul, il se consolait avec la bouteille. Mais toujours, la solidarité de la grande famille des plasticiens, le reconduisait au lit. Jusqu’au jour où les scandales qu’il ne manquait pas de provoquer le mènent en prison … sans issue.

Une forme de suicide ? Certains pourront se déculpabiliser ainsi. Evincé de quelques manifestations officielles, le statut de paria ne se digère pas !! Et il n’était pas le seul !

Il le dit lui-même dans une interview, conduite par Nacer Boudjou :

« …MM. Zoubeïr Turki, Abdelaziz Gorgi, Jalel Ben Abdallah qui ont chanté « la joie de vivre » à l’époque coloniale à leur manière jusqu’à nos jours. Feu Bettaïeb Ridha, Moncef Ben Amor qui, malheureusement, se sont donné la mort par désespoir. (…) Et moi avec modestie, qui ai sans cesse interprété la souffrance quotidienne, depuis l’âge de 20 ans jusqu’à ce jour malgré mes gloires. »
 

 

Déjouer l’imposture

Face à l’un des fiefs du parti en place -le quotidien «La Presse»-, dans cette rue étroite à sens unique, le café-restau «La Hungaria» rassemblait tout ce qu’il pouvait y avoir d’écrivains, de plasticiens, de journalistes non conformistes. Curieusement, les autres arts n’y étaient pas représentés.

C’est là qu’il nous avait fait part des piges qu’il avait pu glaner à Réalités.

A son image, provocatrices à souhait, ses envolées ! Contestataires, ses articles !

Comme un baroudeur concluait-il (n° du 22.06.1990) :

«Ainsi va la vie, sur l’avenue où les dragueurs draguent, où les policiers policent, où les commerçants commercent, où les passants passent, où les arbres arbrent et où Bouabana «bouanise ».

Et ardentes, les toiles rejaillissaient, se succédaient. Les peintures s’éclataient sur les supports de bois, de liège, de lino et autres trouvailles …bon marché.
…et jouer l’imposteur

… et se faire une place au soleil des galeries …

Comme tous ceux qui ont osé crier haut et fort sous le régime dictatorial, sans jamais se soumettre, mais aussi sans être vraiment inquiété, Bouabana pouvait être soupçonné par ses pairs de jouer sur les deux tableaux.

A l’époque où pullulaient «2 fois plus d’indic’s que d’habitants», comme le soulignait la rumeur populaire, un artiste peintre ne représentait pas de grand danger.

Sinon que celui-là avait pris la fantaisie de composer, de parler et d’écrire ! Pour réussir à se mettre un casse-croûte sous la dent et boire ce qui peut le faire passer.
 

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"en partance pour l'errance ..." ©Nouredinne Messaoud

 

L’amante Noire

Et rencontrer sa compagne secrète ? sa muse ? ou sa mort ? dans cette image de la Femme Noire ! et l’exposer comme une victoire ! la Femme Libre !

Car Bouabana était idolâtre des femmes !

Affet Mosbah, dans son article, mentionne l’originalité de Bouabana :

« En peinture, la représentation de l’homme noir est, somme toute, fidèle à la réalité. Il est montré comme il est dans la vie : musicien, serviteur lors d’une cérémonie de mariage, etc. Les Noirs sont des témoins de la vie sociale, très rarement des acteurs. Qui brossera le portrait d’un Noir tunisien posant dans son cabinet d’avocat ? Dans une oeuvre, d’ailleurs remarquable, intitulée La Tigresse, le peintre Bouâbana représente une femme noire - une amante? - dont la sensualité explose littéralement sur la toile. Il n’y a pas de doute que le peintre respecte son sujet, mais quand même, je ne peux m’empêcher de penser que cette prétendue sexualité hors norme des Noirs est un insupportable cliché. Sommes-nous donc des bêtes ? »

Ne nous y trompons pas ! Bouabana adorait s’esclaffer sur la bestialité masculine ! Simple constat.

21 sept. 2011
Moniq Akkari
Tous droits réservés Moniq Akkari. Demandez l'autorisation de l'auteur avant toute reproduction sur Internet ou dans la presse traditionnelle.

Source: Suite101: Le trait qui tue : Habib Bouabana | Suite101.fr 

 

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