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Le Printemps des arts ou l’éruption de nouvelles formes d’expression - Houcine Tlili

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Le Printemps des arts ou l’éruption de nouvelles formes d’expression

Le Printemps des arts de La Marsa (du 21 mai au 11 juin) est devenu l’événement pictural le plus important de notre pays. Cette importance est perceptible au niveau du nombre des espaces qui lui sont consacrés mais aussi au niveau des espaces prestigieux qui l’accueillent.

Le palais hafside d’Al Abdellya, le palais beylical d’Al Saâda reçoivent un très  grand nombre d’œuvres d’artistes. Le Borj de La Marsa, l’espace Sadika, la galerie du Cap et d’Artishow accueillent également des expositions individuelles. La fête est totale à la Marsa. Cette ville, quelquefois oubliée, est devenue à cette occasion la capitale provisoire des arts plastiques. Ce provisoire  aurait pu devenir durable si on avait pu réaliser le projet de création du musée d’art moderne d’Al Abdellya projeté pour les VIIIe et le IXe Plans de développement.

Le palais d’Al Abdellya fut alors restauré, réhabilité et était sur le point d’être reconverti pour recevoir le musée d’art moderne afin de sauvegarder et de mettre en valeur scientifiquement et culturellement notre patrimoine pictural évalué aujourd’hui à quelque 10.000 œuvres. Des esprits chagrins ont malheureusement, à l’époque (1997, année où Tunis était déclarée capitale culturelle), veillé à ne pas laisser Al Abdellya recevoir le programme muséographique et culturel qui lui aurait permis d’être définitivement réhabilité, d’être enfin à l’abri des vicissitudes et de la misère de l’abandon et de devenir du même coup un haut lieu de la culture vivante de notre pays.

Avec la manifestation du  Printemps des arts plastiques d’aujourd’hui, Al Abdellya reprend des couleurs vives et même tumultueuses. Est-ce une revanche de l’histoire ? Deux cent trente artistes (230) exposent, réalisent des performances, assistent à des laboratoires et ateliers, animent des espaces multiples et montrent des centaines d’œuvres de tous genres… Cette profusion signifie que cette manifestation est courue par de plus en plus d’artistes et de créateurs de tous bords. Paradoxalement, le succès et la richesse de cette manifestation sont devenus pour les observateurs et critiques d’art un handicap et une source de préoccupation, tant il est vrai qu’elle n’est pas facilement «lisible».
Comment lire et présenter un discours clair sur une manifestation aussi touffue et complexe ? Cela semble une gageure de proposer une lecture pertinente d’un foisonnement irréductible à un discours nécessairement trop simplificateur. Nos observations, celles de beaucoup de nos amis, nous poussent à privilégier un concept opératoire pouvant octroyer à la manifestation une sorte de trame de lecture reflétant l’essentiel des démarches et pouvant leur donner un sens, sans épuiser sa polysémie et sa richesse.
La trame qui semble traverser tous les genres artistiques pratiqués ici se situe au niveau d’une figuration nouvelle et libre, qu’il faudra distinguer, historiquement, de la figuration de la période orientaliste ou même de celle de l’Ecole de Tunis ainsi que des peintres du réalisme critique comme M. Sehili ou  M. Chakroun.
Cette figuration nouvelle est tantôt poétique, tantôt libre ou réaliste, et d’autres fois minimaliste ou monumentale… elle n’obéit à aucune restriction ni règle compositionnelle. Elle se déploie au niveau de tous les genres : au niveau de la sculpture comme de la peinture ou de la gravure et même au niveau de la photographie… et des installations…

La peinture

Cette figuration nouvelle opère au niveau de la peinture. Elle prend alors l’expression douloureuse des corps mutilés ou évanescents comme par exemple chez Rabaa Skik ou chez Amel Ben Attia. Elle semble quelquefois exprimer l’inquiétude comme chez Mejri, elle est accrochée à une pose, des gestes d’un ou deux corps sensuellement unis comme chez Nahla.
Les peintres du Printemps des arts, généralement jeunes, peuvent être expressionnistes ou intimistes. N’ayant pas beaucoup de références, ils sont indistinctement métaphoriques ou poètes…Nadra Dhab, Sondes Blah, Oussama Troudi, Thameur Mejri, Khaled Abida,  Rabaa Skik, Selim Tlili,  Amel Ben Attia, Asma Khmir, Adel Akrimi, Samir Makhlouf, Bchira Bouazizi, Rania Warda recherchent tous l’expression poétique authentique.
Evidemment, les peintres possédant une plus grande expérience sont les plus performants au niveau du métier, mais également au niveau de la plénitude de l’expression. Les peintres qui semblent jouir d’un statut professionnel sont Mourad Harbaoui, Omar Bey, Zied Lasram, Mongi Maâtoug et l’incontournable Lamine Sassi, l’invité d’honneur du Printemps des arts et grand maître de la douceur et d’une certaine élégance picturales. Les jeunes peintres ne sont plus obnubilés  par les règles compositionnelles classiques ni par l’idéologie du signe propre à notre fonds traditionnel, ni par l’arabesque ou la calligraphie. Ils sont libres.

La sculpture

La sculpture occupe une place importante dans l’exposition du Printemps des arts. Des artistes comme Perelli, Jelliti, Fenniche, Nouteyet, Gharbi, Ayed, Ghrissi proposent des démarches très intéressantes. Certains sculpteurs préfèrent s’exprimer avec le bronze et sa noble massivité. Les Irakiens Jebbari et El Obeidi ainsi que Moëz Safta excellent dans leur travail très polissé des formes parfaitement bien finies. Mounir Gharbi, sculpteur très fin, minimalise et propose des statuettes expressives d’anges déçus avant d’être déchus.

La gravure  

Au niveau de la gravure, les travaux sont réalisés avec des techniques mixtes, et atteignent également une qualité figurative indéniable. Nous nommerons ici Amel Belhassine, Noria Bouzid, Hela Lamine, M’hadhbi.
Les artistes les plus confirmés semblent attirer le plus l’attention. C’est ainsi que Amara Rachida (lino et monotype), Nabil Saouabi, ainsi que le maître incontesté de la gravure, Mohamed Ben Meftah, animent leurs figurations par un travail gravé très élaboré.

La photographie artistique

La photographie artistique est très présente dans cette exposition. Le nombre des travaux proposés est important. Tous ces artistes manipulent leurs productions en intervenant soit au niveau de l’objectif, soit au niveau de la scénographie, soit au niveau du résultat final en le transformant par des manipulations d’ordre technique. C’est le sens des travaux de H. Ghanami, de H. Chebbi, de Trabelsi, de R. Ayed, de T. Khallad, de Taleb… Une mention  spéciale doit être accordée au travail de Jacques Perez, toujours aussi minutieux et artiste.

Les installations

Les travaux d’installation artistique sont également nombreux. On y remarque les travaux de O. Bey, de N. Khmir, de Sadika, de S.Karoui ainsi que de S. Jalloul.
La manifestation du Printemps des arts plastiques de La Marsa semble refléter un changement radical dans la production artistique en Tunisie. Elle reflète entre autres la profonde mutation qualitative et quantitative de l’enseignement de l’art dans notre pays. Elle reflète aussi l’ouverture de l’art sur son environnement national et international et sur les moyens de communication modernes.
La question de la fin est de savoir comment maintenir cette exigence de qualité qui semble caractériser la recherche artistique dans notre pays. Comment peut-on intégrer le mouvement pictural arabe et international sans perdre de vue notre patrimoine et sans se fermer au monde qui nous entoure ? La mondialisation de l’art est déjà dans nos murs. Comment faire en sorte de l’enfourcher pour mieux nous exprimer et exprimer nos préoccupations d’une plus grande liberté de création ?

Auteur : Houcine TLILI
Ajouté le : 05-06-2010
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