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Quoi de neuf après la Révolution ? La scène artistique tunisienne

nov2011/Quoi-de-neuf-apres-la-RevolutionÀ quelques jours des élections d'une Assemblée constituante en Tunisie, et qui donne le parti islamiste Ennahda en tête des votes, la chaîne de télévision Nessma a annulé sa rediffusion face aux pressions des intégristes, et obligé son directeur à présenter des excuses publiques à la radio. Face à ces derniers incidents, on comprend d'autant plus la nécessité de l'art quand il fait trembler les barbes. Qu'est-ce qui a changé pour les artistes depuis la révolution ? Etat des lieux d'une scène artistique en pleine mutation mais néanmoins fragile.

Ça change quoi la révolution ?

Discours télévisé de Ben Ali une semaine avant sa chute. Le téléphone du Président sonne. Mais qui peut bien appeler Ben Ali en pleine allocution ? L'artiste Ala Eddine Slim a la réponse en images : c'était certainement un homme important. Cette vidéo en noir et blanc, troisième épisode d'une série de quatre réalisée entre le 24 et le 31 décembre 2010, quelques jours avant la chute du régime dictatorial, montre un Ben Ali au bord de l'effacement à force de contrastes, quand il n'est pas carrément étêté par un cadre serré au niveau du torse. Journal d'un homme important fait partie des très bonnes propositions artistiques qui ont émergé pendant la révolution tunisienne. Autant dire que cette vidéo n'aurait pas eu la même existence si le président tunisien n'avait pas été chassé par son peuple.

Car en plus de vingt ans de dictature, le régime de Ben Ali est parvenu a sclérosé l'offre culturelle du pays. A l'image de la société, le monde de l'art était tout aussi corrompu. Les commissions chargées d'attribuer les subventions aux différentes branches artistiques (art, cinéma, théâtre) étaient dirigées par des proches du pouvoir. Il y avait donc les artistes officiels, politiquement corrects et les autres, les invisibles ou plutôt a-visibles qui peinaient à mont(r)er leurs projets et qui, à défaut de lieux et de moyens, avaient développé l'art du contournement (de la censure notamment), en investissant des lieux privés comme des appartements, ou en diffusant leurs travaux sur le net (grâce à des plateformes comme Vimeo), à l'image des vidéastes Ismaël (voir la vidéo TV01 superposant par le son ou l'image un programme culinaire et un programme religieux !) ou Ala Eddine Slim cité plus haut.

 


nov2011/tv01-from-ismael-on-Vimeo
tv01 from ismaël on Vimeo.

Puis la révolution est passée par là. Inutile de préciser qu'une nouvelle politique culturelle n'était pas du tout à l'ordre du jour et ne le sera pas avant longtemps. Alors qu'est-ce qui a concrètement changé pour ces artistes/activistes depuis la révolution ? C'est évidemment la libération d'une parole, d'un point de vue, d'une prise de position, et surtout une visibilité nationale et internationale. Ces artistes qui faisaient figure de résistants et qui pour certains ont été molestés par les autorités de l'époque, sont aujourd'hui plus légitimes que jamais, à l'image d'Halim Karabibene, connu pour ses performances armé d'une cocotte et qui militait depuis des années pour l'ouverture d'un Musée National d'Art Moderne et Contemporain en Tunisie, à travers diverses actions. D'autres ont émergé avec la révolution et la liberté d'expression rétablie leur a permis d'afficher des postures radicales comme le collectif Ahl Al Kahf, qui se présente comme "un mouvement de jeunes tunisiens, anti-globalisation et anti-orientalisme, né de la Révolution". La Tunisie verra également l'ouverture du premier centre d'art privé, B'chira Art Center, qui inaugurera son nouvel espace d'exposition en novembre prochain avec une exposition collective d'artistes contemporains tunisiens. Les autres arts ne sont pas non plus en reste. La sortie de Koumik, premier ouvrage collectif de bande-dessinée tunisienne (les dessins de presse et les caricatures ont explosé après la chute de Ben Ali), augure de bonnes choses pour le neuvième art qui jusque-là était quasiment inexistant. Quant au cinéma, des films documentaires comme Plus jamais peur de Mourad Ben Cheikh ou Laïcité Inch'Allah de Nadia El Fani, projetés en France, ont pu voir le jour, malgré les violences dont ce dernier a fait l'objet par exemple (la projection de Laïcité Inch'Allah a eu pour conséquence l'incendie du cinéma par les intégristes).


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Le revers de la révolution : récupération et sacralisation

Malgré toutes ses réjouissances, des points négatifs persistent. L'artiste Mohamed Ben Soltane, dans un article consacré à l'art contemporain en Tunisie, soulève des obstacles d'un autre ordre quant à la visibilité des artistes tunisiens : "un manque de professionnalisme chez beaucoup de nos artistes et de nos structures artistiques dans un monde de l'art qui s'est hyper-professionnalisé" et "un système international de l'art qui maintient un certain hégémonisme, où les voix des pays du Sud ne sont pas suffisamment écoutées". (...) Mohamed Ben Soltane poursuit en pointant également du doigt les décideurs occidentaux qui chercheraient des œuvres plus en correspondance avec l'idée qu'il se font d'un "bon" art arabe : "En effet, le voile islamique, la femme arabe dépeinte comme opprimée, le terrorisme islamiste et la guerre, constituent des sujets qui peuvent faciliter aux artistes de la région l'accession à une visibilité internationale indépendamment de la qualité de leur travail".

Et quelques mois après le départ de Ben Ali, c'est la révolution qui semble devenir le nouveau critère de sélection. Certains commissaires d'exposition flairant le bon filon, se mettent en quête d'œuvres dites "révolutionnaires" ou "post-révolutionnaires" et organisent des expositions de dernière minute, surfant sur la vague du jasmin pour en faire leur beurre. Le risque étant évidemment de créer une sorte de label "révolution tunisienne", qu'elle devienne argument d'autorité, au détriment de la qualité des propositions. De même que le problème se poserait pour la réception de ces œuvres, car la tendance se veut à la sacralisation de la révolution. Le 14 janvier 2011 a remplacé le 7 novembre 1987 (date de prise de pouvoir de Ben Ali après un coup d'état) et gare à celui qui viendrait la critiquer. Que dire alors de ces œuvres plus que moyennes qui ont exploité la figure des sacrosaints martyrs ? On pense à l'artiste Selim Tlili et sa mosaïque à l'effigie de Mohamed Bouazizi, divisée en 999999 parts pixels, mises en vente sur le web ou au street artist Zoo Project et ses deux cents portraits peints en pieds des tunisiens morts pendant la révolution, qu'il a disposés un peu partout dans les rues de Tunis. Sans parler des œuvres opportunistes telles qu'Artocratie du photographe français JR. En placardant les portraits de tunisiens ordinaires au format affiche sur les murs et les façades de certaines villes de Tunisie, JR a finalement utilisé les mêmes méthodes propagandistes et outrancières dont était coutumier l'ancien régime et a produit une œuvre pour le moins maladroite, sinon totalement indécente. Alors que les tunisiens venaient à peine de se réapproprier l'espace public, qu'ils venaient tout juste de se débarrasser d'une icône persistante et envahissante qu'on pensait indéfectible - les affiches de Ben Ali sur fond mauve -, le Yann Arthus Bertrand du portrait tartine les murs de visages que certains ont d'ailleurs fini par arracher.

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journal d'un homme important-épisode 3 from ala eddine slim on Vimeo.

Cette sacralisation pose également une autre question : l'art tunisien devrait-il être protégé des critiques sous prétexte qu'il est désormais libre ? Certains artistes tunisiens eux-mêmes portent un regard très critique à l'égard de leurs contemporains, comme Ismaël Lëamsi qui invite les artistes tunisiens à sortir du mainstream dans un article très pertinent sur la photographie tunisienne.

Les artistes tunisiens (bien que l'avenir soit encore incertain et soulève de nombreuses questions : quelle place le nouveau gouvernement accordera-t-il à la culture ? Que se passera-t-il si les islamistes gagnent les élections du 23 octobre prochain ?), autant que les commissaires d'exposition et critiques, devront dans tous les cas prendre leur temps et lutter contre les œuvres faciles, en faisant montre d'une grande exigence.
 

 Alexandrine Dhainaut - 21 octobre 2011

Source: fluctuat.net


 

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