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Home Histoire & Ar'chive Léah-Véra Tahar, une artiste atypique.

Léah-Véra Tahar, une artiste atypique.

Leah-Vera-TaharNov2011-portrLéa-Véra Tahar a toujours écrit, articles de journaux, recueils de nouvelles ou de poèmes, parus en Tunisie et à l’étranger, dont Ravaudage au pays du ménage, qui attestent d’un esprit fin et rebelle, irrévérencieux parfois mais immanquablement drôle et tendre. Ce n’est que depuis quelques années que l’écrivaine a commencé à sculpter et à peindre. Léa avance que cette passion l’habitait tant et si bien que le jour où elle a tenu un pinceau entre les doigts, tracés et couleurs, formes et volumes s’imposaient à elle comme s’ils immergeaient spontanément d’une mémoire emplie d’images, de paysages et de personnages!

Quand à sa sculpture basée sur la technique du papier mâché, elle a mis du temps à l’apprivoiser. C’est que l’artiste aux multiples talents est totalement autodidacte. Un travail assidu, une recherche continue lui ont permis, au fil du temps, d’en maîtriser l’art et la manière. Ce n’est que bien plus tard qu’elle découvre que ses sculptures ressemblent à celle de Nicki de St Phalle. Cette découverte, elle l’a faite au moment même où Nicki de St Phalle est décédée, raison pour laquelle Léa-Véra semble croire à une sorte de hasard objectif ou de destinée qui fait qu’elle perpétue à sa manière cette sculpture particulière, un brun naïve, un brun sentimentale, totalement affranchie et qui ne se refuse aucune liberté, aucune fantaisie... les œuvres sont foisonnantes de personnages, hommes, femmes, enfants, animaux, faune et flore, selon un tracé qui évoque le dessin d’enfants et un coloriage ravissant fait de couleurs exubérantes et de contrastes forts et éclatants.

Toute cette fraîcheur et cette audace déchaînée, l’artiste se les accorde et les offre au visiteur avec une joie communicative. Et si l’on ajoute à cela, les titres qui évoquent des voyages, des mini récits d’amour et d’aventure, de Dans la brousse du lac M’buro au Kandil sur les toits de la médina, en passant par le Monde de ma poule, on comprend combien cette peinture aux allures naïves, raconte notre monde, et mine de rien nos petites tristesses et notre grand entêtement à vivre. Ce qui n’est pas rien.   

Dans la présentation du catalogue de l’exposition leavera@artnaîf.tn, Leîla Soussi, la commissaire de l’exposition écrit: «  Si vous faîtes attention et regardez attentivement sa peinture avec ses personnages et ses fleurs aux éclatantes couleurs, si vous regardez sa peinture immobile avec ses formes géométriques et plates, comme les pensées que l’on conserve entre les pages jaunies d’un vieil album de photos, vous verrez peut-être l’histoire de ses années, de ses journées, de ses amours, de ses douleurs et surtout de son immense joie de vivre. »

C’est que les peintures de Léa-Véra Tahar, tout comme ses sculptures, sont l’expression d’un parcours de vie d’une femme peu ordinaire, qui a écrit, peint et sculpté alors que la chemin était loin d’être balisé. Des œuvres à son image qui triomphent de la morosité et du chagrin. Des œuvres à savourer donc par tout ceux qui savent ne pas bouder leur plaisir.

Sonia Chamkhi

HAL KEMOUNE IMNINE YA NANA

Texte de Mustapha Chelbi


Je suis gré à Alia Kateb de m’avoir fait connaitre l’extraordinaire et merveilleuse Léa (khamcha wa khmiche aaliha).
Un pur bonheur que Leila Souissi a fait connaitre dans le milieu artistique tunisien.

Hal kamoune imnine ya nana ?
O toi Léa qui envoute comme Saliha, Chafia Rochdi et fathia Khayri!
Le corps chante intensément à travers les chemins nouveaux, ceux de la liberté, qui sont indiqués par les peintures et sculptures de Léa.

Le physique de Léa est celui d’une chanteuse du patrimoine : ses ancêtres juifs d’Andalousie ont sculpté son corps dans la mémoire des nuits fantastiques de Cordoue et Grenade.

C’est sans doute la raison pour laquelle elle chante sur la toile où elle canalise son énergie pour aller à chaque fois vers plus de défoulement.
Par sa silhouette gaie et festive, elle me rappelle les amies juives de ma mère qui abandonnaient leur progéniture et marmites dès qu’elles entendaient le premier coup d’archet ou au son du premier dom-tak de la derbouka…Elles envahissaient la maison à coups de you you et de zgharites et dansaient jusqu’à épuisement en se déhanchant comme des gazelles  comme envoutées par l’odeur forte et enivrante du bkhour.
La vérité est dans l’instant : c’est là qu’on se donne vraiment.
Nous payons notre bonheur avec une part d’angoisse et de souffrance.

 


Léa est plus tenté par la recherche de la liberté que par celle de la vérité.
La vérité nous enferme dans d’étroites certitudes tandis que la liberté ouvre devant nous des horizons sans fin.
Léa est libre.
La peinture de Léa, que nous appelons affectueusement NANA, est un espace de liberté.

 


Léa appartient à la race des gens exceptionnels qui sont prêts à renoncer à tout pour quelques minutes de bonheur.
Il y a dans la transgression de la pesanteur du quotidien une énergie libératrice à nulle autre pareille. Bien sûr il y a le risque de faire scandale : qu’importe ! Il faut kifer et chikher à n’importe quel prix. On est voleur de feu de toute façon. La vie est une aventure mortelle au sein de laquelle la tentation de l’immortalité, engendrée par l’art et l’amour, fait triompher de l’absurdité du destin. En crise d’identité, le créateur se cherche d’émotion en émotion, de aroubi en aroubi, de ardhaoui en ardhaoui, de bakhnoug en bakhnoug, de baiser en baiser et d’étreinte en étreinte.
Dans son exil intérieur, Léa observe avec indulgence et tendresse, le genre humain.

 


A partir d’éléments matériels modestes, tels des chiffons et des papiers froissés, elle touche à l’immatérialité de l’art.
Sa convivialité et sa générosité me rappellent les merveilleuses amies de ma mère qui ont éclairé mon enfance d’une douce et belle lumière. Toutes ses femmes de la Goulette qui chantaient à merveille Habiba Msika,Maurice Meimoun,Albert Perez, Fritna Darmon, Louisa Tounsiya, Bice Slama, Ifrite, Raoul Journo, Doukha,transformaient la maison en véritable rachidiya.
Le souvenir de toutes ces fêtes se greffe sur le personnage hors norme  de Léa et sur son art singulier. Tout ce qu’elle touche est immédiatement porté par la joie de vivre et par la frénésie d’être.
Partout où elle passe, Léa alias Nana, dispose de l’extraordinaire pouvoir d’effacer le mal de vivre par sa présence gaie, joyeuse, franche et amicale.


Il nous faut prendre en considération le fait que Léa , en même temps qu’elle véhicule un sens inné de la fête qui exprime son côté andalou, elle garde en mémoire le souvenir âpre de l’inquisition en terre espagnole.
Léa symbolise le bonheur de la communauté juive qui a trouvé en terre tunisienne le meilleur accueil sous la protection de Sidi Mahrez.
Rire, séduction, besoin d’aimer et d’être aimé, adhérer aux plaisirs simples de la vie, boire de la boukha en bonne compagnie en bord de mer avec une délicieuse kémia, écouter une belle musique, se laisser aller à rêver pour réinventer la vie, tout partager avec les autres et se réconcilier à la vie : telle est la conception du monde de Léa.
C’est l’amour qui nous est donné qui nous permet d’avancer, de préserver notre identité et de sauvegarder notre vérité ; car c’est par l’autre qu’on existe même si on vit pour soi.
Par un merveilleux enchantement, Léa donne du bonheur partout où elle passe.
Son art est porté par la vie et elle porte la vie dans son art.

+ d'infos :

Quand les fourneaux de l'art envahissent la rue en Tunisie

HOMMAGES :

Leah-Vera

Avril 2012 - Showroom Citroën des Berges du Lac - Hommage à Leah-Vera Tahar (1948-2012)

Lillo et Obama

Leah-Vera Tahar la tunisienne au firmament des femmes artistes