In order to view this object you need Flash Player 9+ support!

Get Adobe Flash player
Joomla! Slideshow
Home TAGPress Tunisie Congrès à Hammamet - La place de l’art dans la Tunisie post révolution La jeunesse ne cèdera plus !

Congrès à Hammamet - La place de l’art dans la Tunisie post révolution La jeunesse ne cèdera plus !

hammametPar : Gilles Dohès - Quelle place les activités artistiques et les artistes doivent-ils occuper dans la Tunisie post révolution ? L’art est-il exclusivement destiné à agrémenter le décorum des plus nantis ou est-il destiné à un public plus large et capable d’entrer en résonance avec le processus démocratique que vit actuellement le pays ?

Ces problématiques, avec d’autres, étaient l’enjeu du congrès qui s’est tenu les 21 et 22 janvier au Centre culturel d’Hammamet et qui a mis en présence différents représentants de l’Union des artistes plasticiens, du syndicat des métiers des Arts plastiques, et de certaines associations actives en provenance des régions au nombre desquelles l’association Ahl El Kahf.

L’intérêt d’un tel débat, qui peut échapper à ceux qui se contentent d’une approche rudimentaire, est qu’il apporte un éclairage saisissant sur des problèmes autrement plus vastes tant l’art et la place que lui réserve une société sont indissociables de notions telles que le pluralisme, la démocratie, la liberté d’expression, la censure, etc. Notions qui auront des incidences, sous des formes très variées, dans des secteurs d’activité tels que les médias, l’enseignement, la recherche, etc.

La fonction de l’artiste a toujours posé problème aux autorités de tutelle et à l’Etat en particulier, car un artiste est en effet toujours un peu soupçonné de fricoter avec les limites de la bienséance, de la raison et parfois même de la loi, quand il ne prend pas un plaisir manifeste à les rudoyer (les exemples abondent). Mais qu’il s’agisse de créativité musicale, picturale ou autre, la vie artistique participe au rayonnement d’un pays ; le Louvre, le musée Guggenheim, le Prado, les conservatoires d’Arts dramatiques ou de musique, les occupations sauvages de lieux improbables, les audaces testées sur le public venu au théâtre, tout cela instaure un climat, génère une aura qui profite à la nation concernée (attraits touristiques, coopérations entre pays, échanges culturels, dynamisme des idées, etc.)

Les artistes tunisiens, dans leur pratique et dans leur quotidien, sont confrontés à une foultitude de problèmes, car ils dépendent d’une volonté politique qui peut aussi bien favoriser leur créativité par l’attribution de bourses ou de subventions, la donation de lieux divers, que l’étouffer dans l’œuf en refusant des projets ou en interdisant telle ou telle manifestation. ? l’heure actuelle une immense majorité d’artistes ne bénéficie d’aucun statut officiel et ainsi beaucoup d’entre eux se voient dans l’obligation de dévoyer leurs talents dans des activités annexes, mais lucratives, pas plus qu’ils ne bénéficient pour l’instant de la moindre sécurité sociale… De plus, la toute puissante Commission d’achat se caractérise par une vision archaïque du secteur artistique et favorise généralement les talents reconnus (par qui ? l’on peut légitimement s’interroger, car le marché est quasi inexistant), et ce au détriment des talents émergents. Quoi qu’on en pense, il faut cependant reconnaître énormément de courage et de déterminationaux artistes tunisiens pour s’orienter dans une telle filière qu’ils savent bouchée à l’avance et où les embûches sont monnaie courante, à moins, évidemment, de songer à quitter le territoire pour s’adonner à leurs pratiques sous des cieux plus cléments. Une fois encore, l’hémorragie organisée des talents est avant toute chose néfaste à la Tunisie elle-même.

Ce qui fait la caractéristique d’une œuvre artistique est qu’elle est une marchandise possédant une valeur d’échange très élevée et une valeur d’usage voisine de zéro (c’était exactement l’inverse avant l’arrivée du marché) et c’est pour cette raison-là que l’Etat se doit d’apporter son soutien aux jeunes créatifs, car leurs activités font profiter le pays d’une richesse qui ne se monnaye pas, qui est d’un autre ordre, celui du prestige culturel d’une nation, aux retombées innombrables.

Lors de ce congrès, il n’était bien sûr pas question d’en appeler à la manne étatique comme solution à tous les problèmes, mais de constater, déjà, l’existence d’une certaine paresse politique laissant conséquemment le champ libre au secteur privé se caractérisant lui aussi par une logique économique de « retour sur investissement ».

En définitive et malheureusement, ce à quoi nous avons assisté a été une énième redite de la sempiternelle querelle des Anciens et des Modernes ; le fossé générationnel était remarquable entre les parties en présence (à de très rares exceptions près) ; avec d’un côté les Anciens, adeptes de l’académisme, thuriféraires de tous les compromis et parfois de toutes les compromissions et de l’autre les Modernes, enthousiastes et impatients, animés par le souffle d’une certaine radicalité artistique.

Les disciplines artistiques ont toujours reposé sur une initiation, le maître éduquant son apprenti dans le secret de son atelier, mais cette fois-là la volonté de passer le flambeau a fait cruellement défaut et le débat s’est rapidement mué en épreuve de force.Et pour des raisons trop vastes et complexes pour être expliquées davantage, le congrès s’est soldé par un fiasco retentissant. Les Anciens ont remis grossièrement en cause la légitimité des Modernes, le procédé est classique, et les jeunes artistes tunisiens n’ont eu d’autre choix que de partir en claquant la porte, mettant ainsi un terme au débat qui menaçait de tourner au pugilat.

La Tunisie est à un tournant de son histoire, un tournant qui a brutalement mis en lumière la dichotomie existant entre ceux qui s’étaient acoquinés avec l’ancien pouvoir, qui avaient tout laissé faire pour une poignée de dinars ou d’avantages, et ceux qui avaient tout enduré, silencieux pendant des années, mais qui maintenant se sont réappropriés le droit à la parole et à l’existence. Aucun accord n’a finalement été trouvé lors de ce congrès et la jeunesse ne l’a pas remporté, mais au moins n’a-t-elle pas cédé aux injures et aux provocations d’une caste aux abois.

Les Anciens, ces tenanciers de la mémoire, ont trop souvent tendance à se révéler amnésiques, alors livrons à leur sagacité ces quelques vers tirés du Cid de Corneille (un Ancien, lui aussi), lorsque Rodrigue, mi-indigné, mi-provocateur, livre à son propre père :

« Je suis jeune il est vrai, mais aux âmes bien nées la valeur n’attend point le nombre des années ».

Il y avait beaucoup « d’âmes bien nées » lors de ce congrès, toutes générations confondues, mais les caciques ont déployé des trésors d’efforts angoissés pour faire échouer les discussions, cependant la jeunesse n’a pas cédé à l’intimidation. Peut-être est-ce là une innovation apportée par la révolution : la jeunesse ne cédera plus.

G. D.

 

Source : Le Temps

 

tagalerie-accueil

 

tagoeil

catalogue-salon-artistes-tunisiens

Kritik-d-Art


 

Facebook Fan Page TAG-TunisiArtGallerieskom-koilogo-yaka