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L’Agenda Culturel : la démocratisation par les arts - Par Emmanuelle Houerbi

 

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A l’issue de l’ARTS FORUM, le mois dernier, quatre projets artistiques et culturels ont reçu le label très convoité d’Euromedinculture. L’un de ces projets, celui du libanais Emile Nasr, avance à grands pas. Rencontre avec un homme passionné, adepte de la résistance culturelle tous azimuts.

Vous avez créé en 1994 à Beyrouth l’Agenda Culturel : pouvez-vous nous en parler ?
 

Emile Nasr : On a souvent tendance à embellir la genèse des choses, à leur donner des motivations qui n’existaient peut-être pas. Néanmoins, il y a 17 ans, les combats (qui avaient duré près de 20 ans) avaient cessé, et le Liban apprenait à vivre dans la paix. Tout était en désordre, nous ne savions pas ce qu’étaient devenus nos intellectuels et nos artistes, il fallait entreprendre un inventaire, accueillir toute une génération issue de la guerre que nous ne connaissions pas, recenser ceux qui étaient encore au Liban, ceux, très nombreux, qui l’avait quitté. Il fallait aussi informer le public sur les activités programmées, l’inciter à s’y rendre, redonner sa place à la culture.

Avec ma complice et partenaire, jeune diplômée en biologie, nous avons décidé de dresser cet inventaire. Plutôt qu’une étude statistique, nous avons entrepris de présenter les travaux dans une publication qui ne pouvait porter que le nom d’agenda culturel, car il ne s’agissait que de cela. Nous étions à l’époque les seuls, au Moyen-Orient, soucieux de pallier le manque d’information culturelle. Le succès nous attendait – un succès d’estime, l’entreprise ayant englouti nos salaires et économies des années durant, car nous n’avions comme capital que le minimum requis et tenions à garder notre indépendance.

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 Mona Trad Dabaji
’Omar Khayyam à l’heure de la sieste’, huile sur toile, 100 x 100 cm, 2011
No. 411
Du 25 janvier au 07 février 2012
Artiste: Mona Trad Dabaji

Pourquoi l’Agenda Culturel est-il en français ?
 

Le Liban partage avec le Maghreb une « belle-mère » commune, la France. Elle nous a donné en dot ce qu’elle avait de meilleur, la langue française que nous aimons, que nous avons adoptée et que nous continuons à chérir et à pratiquer. Ce n’est pas ici le lieu d’évaluer nos relations avec la belle-mère ; contentons-nous de ne voir que cette langue qui, malgré son recul dans le monde, reste celle qui se conjugue le mieux avec la culture.

Qui sont vos lecteurs ? Que leur proposez-vous ?
 

Jusqu’au lancement du site web, nos lecteurs étaient tous des résidents au Liban, Libanais mais aussi beaucoup d’étrangers qui trouvaient dans l’Agenda un moyen pratique de savoir ce qu’il se passait sur la scène libanaise. Le fait de se voir copier par les collègues nous indiquait que nous étions sur la bonne voie. Comme nous l’a dit l’un d’entre eux : « l’Agenda sert à me donner mauvaise conscience quand je lis tout ce que je rate comme manifestations ». Car Beyrouth est probablement la place où se bousculent le plus d’événements. Pour une capitale de deux millions de personnes, nous listons annuellement plus de 6.000 manifestations à caractère culturel… Quant au site son démarrage a été rapide, plus de 600.000 pages ont été lues l’année passée, chaque internaute a consacré 3,20 minutes à chaque page. Pour nous c’est très encourageant si nous considérons que les 1.200 nouvelles et articles publiés étaient tous à caractère purement culturel.

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Pourquoi avez-vous décidé de participer à l’ARTS FORUM à Tunis en décembre dernier ?
 

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J’avais fait la connaissance de Frédéric Jambu, le délégué général du réseau d’Euromedinculture, il y a quelques années à Beyrouth. On s’est vite compris, il portait un vaste projet qui me fascinait, rapprocher les deux rives de la Méditerranée. Sitôt reçu l’invitation à l’Artsforum de Tunis, j’ai immédiatement accepté.

Dans mon bureau est accrochée une phrase qu’écrit Jean Monnet dans ses mémoires : « Si je devais recommencer la construction européenne, j’aurais probablement commencé par la culture ». Cette phrase, je la fais mienne en remplaçant « construction européenne » par « Méditerranée », pour l’étendre ensuite au Printemps arabe que nous vivons. Aller à Tunis, ville d’où l’étincelle de ce Printemps a jailli, comblait mes vœux. Je voulais connaître cette ville ne fût-ce que quelques jours, m’imprégner de l’atmosphère qui y règne, rencontrer les artisans de cette révolution, jeunes tunisiens mais aussi les autres invités de cette fête. Croyez-moi, je n’ai pas été déçu.

Faites-vous personnellement un lien entre l’art et la démocratie ?
 

fev2012/artforum-tunis-affichePeut-on ne pas en faire ? Peut-on imaginer l’art sans la démocratie, sans la liberté sous-jacente qu’elle suppose ? La liberté de créer et la liberté de s’exprimer. Sans ce lien, l’art serait sous tutelle, ce que malheureusement beaucoup de pays arabes pratiquaient. Certains d’ailleurs le pratiquent toujours, allant jusqu’à le citer en exemple.

Vous parlez quelque part de résistance culturelle : qu’entendez-vous par là ?
 

La résistance culturelle est plus qu’un état d’esprit, c’est une attitude traduite par des actions concrètes que doivent mener tous ceux qui sont inquiets pour la liberté, la diversité, l’indépendance, l’acceptation de l’autre. Il y a des moments où la résistance culturelle doit s’organiser ; parmi ces moments je citerais les sorties de guerre et les lendemains de révolutions. Ces moments engendrent forcément des déçus, tous ceux qui espéraient autre chose, aspiraient à d’autres lendemains. C’est à ceux-là qu’il appartient d’entrer en résistance avec, pour armes, leurs plumes, pinceaux, corps, intelligence… Se soumettre n’est pas une fatalité, résister est un combat qui peut être gagnant, le Liban en donne la preuve. Durant les longues guerres des autres sur son sol, pour reprendre les termes de Ghassan Tuéni, le plus respectable de nos résistants, le Liban avait disparu de la carte, il était devenu un non-État, la résistance militaire n’avait apporté que des malheurs, seule la résistance culturelle et ce qu’elle suppose de persévérance a permis de retrouver la liberté, de vivre dans la diversité, de recouvrir l’indépendance et d’accepter l’autre. Belle réussite, qui nécessite néanmoins une vigilance de tous les instants.


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Vous projetez d’ouvrir votre site aux autres pays arabes. Comment est née cette idée ?
 

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En créant le site, il y a un an, nous avions conscience que nous pouvions nous adresser à la terre entière grâce au fabuleux pouvoir d’Internet. Grisante perspective que nous voulions tenter. Bien entendu, notre objectif immédiat a été de satisfaire ces millions de Libanais, émigrés depuis longtemps, et ceux tout aussi nombreux chassés de leur pays par la guerre. Il fallait transformer l’Agenda, en faire un magazine culturel qui dépasse la présentation des manifestations à Beyrouth pour aborder les sujets autrement, avec plus d’analyses, de portraits et de paroles d’artistes. La tentation de dépasser les frontières du Liban pour aller à la rencontre des autres était permanente. Car finalement, les artistes se ressemblent par delà les frontières ; ils ont les mêmes angoisses, veulent délivrer un message, cherchent à convaincre, ont soif de reconnaissance… S’ouvrir aux autres pays arabes était une démarche logique, rendue urgente par le tsunami qu’est le Printemps arabe.

Des sites de ce type existent déjà dans les pays arabes et ailleurs. Comment pourriez-vous collaborer avec eux?
 

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Je parlais de résistance culturelle. Toute résistance implique des réseaux, et dans notre siècle le réseau des réseaux est bien le Net. À nous de nous l’approprier, de l’apprivoiser, de l’utiliser. Il existe des sites à caractère culturel dans les pays arabes, mais pas encore suffisamment à mon avis. Il faut en encourager la création pour densifier le réseau, et surtout trouver des modalités de collaboration. À l’Agenda Culturel, nous comptons terminer au plus tôt le recensement de ces sites afin de leur proposer des actions concrètes de collaboration.

Qu’allez-vous apporter aux artistes, notamment tunisiens ?
 

Une tribune indépendante, libre, active, soucieuse de faire parvenir leur voix et le fruit de leur travail au plus grand nombre d’internautes. Nous avons soif de découvrir les talents tunisiens, de leur faire rencontrer leurs collègues libanais.

Comment l’Agenda Culturel va-t-il évoluer en 2012, en ce qui concerne l’ouverture aux autres ?
 

 

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Comme vous le savez, ce programme d’ouverture aux autres a reçu à Tunis le label d’Euromedinculture. C’est donc avec confiance que nous l’abordons, convaincus qu’avec le soutien de ce partenaire de choix, nous allons avoir accès à son expertise et son réseau. D’ores et déjà, un appel conjoint va être lancé à tous les membres du réseau, leur expliquant notre démarche et demandant leur concours pour que, rapidement, nous puissions couvrir l’ensemble de l’Afrique du Nord et les autres pays où le réseau est implanté.

 

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Ce programme dépasse l’alimentation de notre site en informations et articles. Il se veut aussi une pépinière d’idées pour d’autres programmes qui impliquent des échanges, seule manière de nouer des contacts durables. L’occasion va nous être donnée en novembre avec l’Artsforum de Amman, mais je suis sûr qu’avant cette date, d’autres initiatives, probablement de moindre envergure, auront été conçues sinon réalisées.

 

 Liens :

 

Propos recueillis par Emmanuelle Houerbi pour TAG

 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

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