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Léa Véra Tahar la Tunisienne Au firmament des femmes artistes

 

fev2012/1_Lea_et_son_double_detailAu firmament des femmes artistes

Elle se dénomme Alevare Safira Tahar (Léa-Véra Safira Tahar) sur sa page fb, depuis que son journal y avait été piraté. Alevare : l’anagramme de ses prénoms. Son nom d’artiste, Léa-Vera Tahar, elle l’emprunte à son père Tahar, militant qui s’était engagé pour l’indépendance de la Tunisie.



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Léa et son double
 

Elle a été aussi prénommée Leila, par la famille, à son mariage. D’origine juive tunisienne, elle épouse un musulman : c’est dire combien les liens entre les deux communautés se scellent d’amour, depuis toujours.

Combien, aussi, Léa témoigne de cette double appartenance, mais aussi de bien d’autres dualités.

Léa et son double

Mère, cuisinière émérite, elle est, plus que vestale, l’âme du foyer. Celle du conte inventé le soir pour les endormir, celle de la pâte à sel avec les gosses du quartier, celle de l’éveil de l’enfance. Sa fille, ainsi que la fratrie, l’atteste avec ferveur : « J’ai eu beaucoup de chance de t’avoir dans ma vie !! ».

Mère et créatrice : mère remarquable, tout en reprenant des études, en participant à des Ateliers d’écriture, tout en fréquentant l’intelligentzia tunisoise. Ses bribes de comptines improvisées la feront déboucher tout naturellement sur l’écriture.

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Une signature happening à Sophonisbe

 Ecrivaine tardive et grand-mère précoce, le destin de Léa ne cesse de suivre des voies à bifurcation. Coup sur coup, elle remporte le concours international de la nouvelle au Forum Femmes Méditerranée, à Marseille, pour La Rumeur, puis Ecritages, ravaudage au pays du Ménage est édité par Noir sur Blanc.

Comme il semble évident, cet ouvrage est à double entrée ! Une sorte d’essai, des nouvelles, des poèmes. L’écriture de Léa prend la couleur vernissée des légumes de printemps qu’elle épluche. A la lecture, les sent-on dans la bouche : une chantre réhabilite  le déshabillage du fruit (pas l’épluchage barbare), mais sa nudité pimpante.

Parmi des nouvelles acérées, s’épanchent quelques poèmes, d’une sensualité vibrante. La signature du livre à l’Espace Sophonisbe s’est soldée entre commentaires sérieux et un happening délirant (Os-cultation d’un écritoire), en toute créativité.

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Nouvelles couleurs pour la Tunisie
 

Elle entame la rédaction d’une biographie de son père, qui reste encore inachevée. Puis laisse l’écriture en points de suspension, projette d’autres recueils, en attente eux aussi. Elle collabore au recueil Effemmeride (Printemps des Poètes 2010, Couleur Femme - Vosges) avec une nouvelle : Dernière Nuit (27.12.2009). Nouvelle touchante, empreinte de passion.

Une Safira de plus

Parallèlement, comme à son habitude, elle met en chantier ses premiers dessins : « plus évocateurs », se plaisait-elle à railler, « parce qu’on y lit ce qu’on veut ! ». Et, de toute évidence pour elle, passe-t-elle du support plat à la sculpture.

Papiétages, papier mâché et autres ingrédients viennent peupler son monde de statuettes : elle ne manque pas de nous tenir au courant des événements que tissent entre eux, les nouveaux habitants  de son atelier. Car elle les dote d’une histoire. Une calligraphie à la manière des faïences anciennes y fait quelques intrusions.

Avec la révolution de jasmin, c’est dans la rue et avec un collectif artistique, qu’elle tient à manifester pour la parité, comme pour la liberté de l’Art. Elle est de toutes les opérations qui repeignent les cou des temps dans le cimetière des voitures du Kram.

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À coups d’art dans la rue : la parité (29.01.2011)
 

Avec la menace de la dégradation des acquis démocratiques, avec ces incitations à la haine des partis obscurantistes, Léa se prend des coups de sang. L’excision fait déborder le vase. C’est si précieux, la vie d’un enfant !

Pas de voile imposé. Au diktat soi-disant moral de l’éradication de la féminitude, elle oppose celui des « têtes nues » - Safira -,  qui parfume la Tunisie depuis des générations. Un surnom qu’elle revendique, Safira ! Car ce terme, utilisé volontairement à mauvais escient, est une insulte (dévergondée).

Madame Sarfati

Les portraits de femmes du siècle dernier, réalisés par Férid Boughedir dans Un été à la Goulette, en sont une vivante image. C’est dans le rôle de Madame Sarfati, qu’elle participe au film. Avec la chanson de la bande annonce (à écouter sur le lien précédent), ce n’est pas une époque mais la continuité de cet esprit de tolérance, propre à la majorité des Tunisiens, qui se perpétue. Vive, enjouée, exubérante, le cœur gros comme le monde, une figure qu’elle incarne dans son quotidien.

De la scène, elle en a éprouvé les affres, mais surtout le plaisir débordant. De sa nouvelle, Rumeur, primée en 1994 au Forum Femmes Méditerranée, adaptée pour la scène, nous avons monté un spectacle, joué à Tahar Haddad et à l’Ambassade d’Algérie en 1995. Léa y est surprenante : subtile, astucieuse, dynamique, ingénieuse, elle continue à féconder le rôle en représentations ; lui donne une chair éclatante.

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                                                                                      Un coup de pied au ciel
 

Il était prémonitoire à bien des égards, son texte ! Léa ne manque pas d’intuition. Elle n’avait pas encore mis la main à la pâte de l’Art, mais jouait ce personnage symbolique qui s’échappe de sa place exclusivement domestique. Condition de femme non-conformiste, condamnée aux gémonies par qui vous savez. L’Algérie était aux mains des intégristes et cette pièce leur fut dédicacée au salut final.

Léa, une légende ? Déjà, les amis se mobilisent et préparent une exposition de ses divers talents. Déjà, mille et un messages de sympathie envahissent son journal. C’est qu’elle a mis les voiles, Léa…

Sans prévenir, elle s’est éteinte.

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Au firmament de Léa Véra Tahar
 

Et les artistes entretiennent la flamme : déjà, Fatima Maaouia, bouleversée, a embrasé les premières étincelles de La Belle Saga à Léa :

 

« Rien que pour Te demander...
Léa
De nous cueillir illico
Une étoile ! »

dimanche 19 février 2012

Un article de MonaK

Publié par Monak et Julien Gué à l'adresse 15:14

Source: Tahiti, ses îles et autres bouts du monde 

 

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