In order to view this object you need Flash Player 9+ support!

Get Adobe Flash player
Joomla! Slideshow
Home Critik'Art & reflexions Exposition "Dessins Contemporains" à la Galerie Ammar Farhat – Mai 2012

Exposition "Dessins Contemporains" à la Galerie Ammar Farhat – Mai 2012

Zoulikha-BouebdellahExposition "Dessins Contemporains" à la Galerie Ammar Farhat – Mai 2012

Aïcha Gorgi ne pouvait pas ne pas être la première galeriste à exposer avec autant de talent la première véritable exposition d’Art Contemporain en Tunisie.  Exceptée la participation remarquée de Zoulikha Bouabdellalh, tous les artistes exposés sont tunisiens.

Dans l’ADN d’Aïcha, il y a bien sûr Abdelaziz Gorgi son père, immense artiste, fondateur de l’Ecole de Tunis. Aïcha a grandit entre les toiles et parfois sur les genoux de P. Boucherle, M. LevyA. Corpora,  A. Farhat, J. LelloucheN. BelkhodjaZ.Turki et bien d’autres et elle sait que les jeunes artistes qu’elle expose aujourd'hui ont pris, comme elle, leur source dans ce passé glorieux et talentueux où les influences de P. Klee, du baron d’Erlanger, de A. Roubtzoff, de A. Fichet, mais  aussi dans celui d’Ahmed Osman (19e siècle), premier peintre tunisien musulman à se laisser séduire par l’art du chevalet. Elle sait que c’est  cette histoire de l’art en Tunisie qui  a porté  cette nouvelle génération d'artistes  vers la contemporanéité.   Très jeune, Aïcha Gorgi dirigea seule sa galerie "Ammar Farhat " à Sidi Bou Saïd où elle commença d'exposer des artistes de son âge et elle devint rapidement  une référence incontournable dans l’évolution de la peinture moderne tunisienne, grandissant  au même rythme que ses artistes.

Les événements sociaux et politiques de la révolution tunisienne en janvier 2011 furent un électrochoc  salutaire pour l’expression artistique. Des groupes de jeunes artistes, dans diverses expressions, arts plastiques, photo, vidéo, installations, musique …  se débridèrent et, pour la première fois, se laissèrent exclusivement guider par leur inspiration et leur talent. Ils entrèrent de ce fait de plain-pied dans l’art contemporain  et l’exposition de Aicha Gorgi en est la preuve.

Expo-dessins-contemporains-galerie-ammar-farhat

Pour cette exposition,  Aïcha Gorgi a rassemblé un panel d’artistes tunisiens (à part Z. Bouabdellah) qui, grâce à leur connaissance du passé artistique qui les a précédé et aussi à la suite des évènements qu’ils ont vécus ces deux dernières années, ont atteint avec une grande sérénité une expression d’une modernité remarquable qui allie le sens de l’œuvre à une maitrise du geste. Le désir de plaire et d’être immédiatement lisible n’est plus leur unique objectif, le succès de cette exposition auprès d’un public jeune et averti en est une preuve incontestable.

Zoulikha-Bouebdellah4

Zoulikha Bouabdellah, série de dessins-écritures, "Les Chéris"

Zouleika Bouabdellah, dans une série de petits formats, inscrit en rouge passion et en arabe un vocabulaire de l’amour, mots secrets et non dits, mots magiques et troublants, ressentis mais rarement murmurés. Elle dessine l’ambigüité dans laquelle est encore et toujours la société arabo-musulmane, moderne dans son apparence, maitrisant parfaitement la culture occidentale et la technologie qui l’accompagne, mais toujours empêtrée dans le respect des traditions et des coutumes.

Nicene-Kossentini

Nicene Kossentini, "Chakl"

Nicène Kossentini, obnubilée et amoureuse du verbe arabe et de sa calligraphie esthétique,  copie sans relâche ce verbe sur la photo, le miroir, le verre, la vidéo etc.… Le texte est souvent celui d’un philosophe soufi, paroles exaltantes d’amour et de tolérance souvent enfouies dans nos mémoires, puis oubliées  ….  Le texte de son triptyque est calligraphié par elle, pattes de mouches magiques, délibérément non signé, elle incite à aller chercher dans les écrits d’Ibn El Arabi et autres philosophes aussi célèbres, la grandeur et l’universalité de leurs messages. Des tirets, des signes et des pointillés scandent le texte qu’elle transcrit et lui imprime une cadence musicale répétitive et lancinante tel un écho du "Stabat Mater" de Pergolèse ou d'une mélopée soufie, sublime sonorité silencieuse du verbe.

Oussema-Troudi

Oussema Troudi

Oussama Troudi dans un diptyque d’une grande beauté rejoint la zenitude des artistes japonais. L'abstraction de son œuvre est construite autour des jeux de la ligne et du point, du vide entre les le noir et le blanc. Par le silence et l’harmonie qui s’en dégagent l’œuvre est plus éloquente et plus puissante que toute figuration.

Dalel-Tangour

Dalel Tangour, "Olivier"

Dalel Tangour maitrise comme toujours l’abîme qui sépare le rêve du réel et l’éternité de la minute qui passe. Son olivier si fragile, en positif et négatif, porte en lui les millénaires de la terre du Cap Bon.

Les autres artistes présents, Ymen Berhouma, Nabil Saouabi et Wissem Ben Hassine ont tous les trois une présence, un talent, une expression et une exigence artistique  comme on aimerait en voir plus souvent.

Wissem-Ben-Hassine

Wissem Ben Hassine

L’accrochage de cette exposition, toujours aussi juste et irréprochable d’Aicha Gorgi, permet une lecture lumineuse et élégante, chacun des artistes côtoie l’autre sans le précéder et établit un dialogue qui nous rend heureux.

Ymen

Ymen

Auteur: Leila Souissi - Critique d'art