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Soutien aux artistes Tunisiens

 

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soutien-artistes-tunisiens« Les barbus ne picolent pas, les artistes trinquent…
Le Printemps des Arts de la Marsa (banlieue nord de Tunis), la plus grosse manifestation artistique annuelle en Tunisie, a fêté d’une drôle de manière sa 10e édition. Il est vrai que beaucoup d’oeuvres traitaient du même sujet : l’inquiétude de l’extrémisme. Normal, non ? Un artiste est un témoin de son temps et son travail est aussi une manière d’expulser ses angoisses, de mettre le doigt là où ça fait mal (entre autres).

Dimanche dernier, jour de la clôture de l’expo, à 10 heures du matin, un huissier notaire, anciennement membre du RCD – parti de Ben Ali – et nouvellement défenseur du sacré depuis la révolution, comme beaucoup d’autres (hé oui, chez nous on est écolo, on recycle la crasse) s’est pointé à l’exposition et a accusé certaines oeuvres d’être des atteintes au religieux. Il a demandé le décrochage des oeuvres incriminées ou alors il viendrait avec du renfort à 18 heures. Évidemment, artistes et autres se sont mobilisés afin de lui faire un comité d’accueil digne de ce nom. Il montra donc son joli minois nouvellement lavé de ses péchés d’antan pour accuser les artistes d’être des mécréants. Une vingtaine de barbus bodybuildés attendaient à l’extérieur et vociféraient des menaces… mais bon, vu que les personnes présentes pour défendre le travail des artistes étaient beaucoup plus nombreuses, rien ne se passa de spécial… quelques « dégage » par-ci répondaient aux « on va égorger vos femmes » par-là… normal.

À la nuit tombée, quand plus personne n’était présent à l’expo, des barbus très courageux sont venus saccager quelques oeuvres de l’expo… pas forcément celles qui dérangeaient, non… comme ça, pour le fun… c’est qu’on se fait chier un dimanche soir… surtout quand on ne bosse pas le lendemain…

Bon,maintenant, une explication s’impose : les oeuvres accusées d’être des atteintes au sacré.

« Keffer » (mécréant) de Sim Vandart, bombes de peinture sur toile (1)

1Sim Vandart, graffeur de la rue, âgé de 24 ans, exposant pour la première fois, représente un salafiste éructant de rage avec en arrière-plan le mot « mécréant, mécréant, mécréant » (ben oui, ils les voient partout… nous sommes tous des mécréants puisqu’on n’est pas salafistes). Cette toile a été accusée d’être une représentation du prophète…(même dans le Figaro, c’est dire, hahaha). L’artiste a fait une vidéo où il explique clairement qu’il représente les barbus et rien d’autre. Malgré tout, on veut sa mort… oui, sa mort, vous avez bien lu. « Il faut que son sang coule. » Ça, c’est une tirade de l’imam de la mosquée ezzitouna qui la scande par trois fois, vendredi, jour du grand prêche.

Est-ce que cet imam était présent dans la même cellule où Sim Vandart, menotté, était enfermé dans la nuit du 13 au 14 janvier 2011, lors de la révolution ? Est-ce que cet imam gueulait dans la rue pour faire dégager Ben Ali quand ce jeune se voyait proposer, sur une table, divers instruments de torture et que le flic lui disait : « Choisis avec quoi tu veux commencer ! »… ah ben non…

« Super man » de Salim, impression numérique sur toile (2)

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Dans cette oeuvre, on voit un superman barbu tenant un jeune barbu dans ses bras… je ne sais même pas ce qu’on y voit de mal… j’ai pas l’esprit mal placé, moi… ou alors, dans cette Tunisie post-révolutionnaire, nous n’avons plus le droit de représenter des barbes…

« Culture is dead », Ladj, impression numérique sur papier (3)
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Là, le fameux huissier notaire a dit que le texte figurant dans la bulle « zebi » était un gros mot et qu’il ne le tolérait pas… zébi veut dire « ma bite » en tunisien et ça nous sert de virgule dans nos conversations, comme « con » chez les Marseillais. En quoi c’est une atteinte au sacré, va savoir… en tout cas, cet huissier ne va pas souvent au café où les conversations pullulent de cette ponctuation phallique… Peut-être qu’il a peur d’y rencontrer ceux qui connaissent son passif.

Deux tableaux de Mohamed Ben Slema (4)
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Dans l’un, on voit un enfant avec un cartable d’où sortent des fourmis qui s’étalent sur la toile pour écrire « Dieu est grand ». Il existe dans le Coran une sourate de la « fourmi », créature du divin. Mais on a pris ça pour de l’apostasie, va savoir.

Dans l’autre, une femme dévêtue, cernée de barbus et avec un plat de couscous au niveau du pubis a provoqué l’indignation. Là aussi, en quoi c’est une atteinte au divin… je ne vois pas.

Une oeuvre de Faten Gaddes
Un ring de boxe avec des punching-balls où sont représentées des femmes dont la chevelure fait office de voile et où chacun porte écrit « je suis chrétienne », « je suis musulmane », « je suis tunisienne », etc. Atteinte au sacré ? Je ne sais pas, mais en tout cas, ces punching-balls ont été brûlés sur la place publique.

Le lendemain, le ministre des Affaires religieuses passe au 20 heures et s’érige en critique d’art, sans avoir vu l’expo bien sûr. Le ministre de la Culture, à la radio, parle d’une oeuvre qu’il juge blasphématoire alors que ce tableau n’est même pas exposé. Les réseaux sociaux s’enflamment et appellent au meurtre des artistes.

On voit alors apparaître, sur Facebook, les portraits des artistes incriminés ainsi que d’autres même pas concernés accompagnés de leurs adresses, numéros de téléphone et le mode d’emploi pour les égorger correctement.

La Tunisie prend feu de partout. Qui a vu l’expo ? Personne.

On saccage des postes de police et on y brûle des procès verbaux. On crame un tribunal avec tous les papelards en relation avec des dossiers chauds… quel rapport avec l’expo ? Aucun.

Le gouvernement juge bon de porter plainte contre les organisateurs de l’exposition ainsi que tous ceux qui y ont un rapport de près ou de loin en les accusant de porter atteinte au sacré. Le ministre de la Culture donne des leçons aux artistes : l’art n’est pas fait pour être révolutionnaire mais pour être joli.

Pendant ce temps, le procès des martyrs de la révolution se déroule et on acquitte tous les salauds… Va-t-on sombrer dans la théorie du complot ? Va-t-on imaginer que le scandale de l’expo est un prétexte pour détourner l’attention de l’opinion vers autre chose ? Va-t-on dire que les problèmes économiques, le chômage, la misère que le gouvernement ne résout pas sont moins importants que le blasphème ? Va-t-on dire qu’une oeuvre d’art est plus obcène que la misère sociale ?

Non… noooon… On va juste dire que des artistes sont menacés d’être égorgés parce qu’ils sont des boucs émissaires… On va juste dire que la liberté d’expression ne vaut plus rien… On va juste dire que c’est facile de manipuler l’opinion… On va juste dire que la révolution est bel et bien confisquée.

Mais nous, les chômeurs diplômés,
Nous, les crève-la-dalle
Nous, les clochards d’artistes,
Nous qui avons souffert de la dictature alors que d’autres en profitaient ou se la coulaient douce à l’étranger,
Nous, les jeunes qui savent qu’ils sont musulmans sans les pétrodollars,
Nous, les esprits libres face aux vestes réversibles,
Nous, qui ne voulons plus de la tyrannie, du népotisme, de la corruption, du clientélisme, de l’instrumentalisation de la religion à des fins politiques, de la manipulation de masse, de la censure, de l’oppression, de la peur,
Nous, Tunisiens, qui aspirons au bonheur, à la dignité, au travail, à la vérité, à la liberté,

Nous, nous sommes là.
Je sais, c’est énervant. »


Publié le 19 juin 2012

Source : www.sinemensuel.com

 

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