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Nabil Saouabi (plasticien) La fragilité humaine toute en lignes

la-fragilite-humaine-toute-en-lignesNabil Saouabi cache derrière un calme légendaire une profusion du faire. Il est de ceux qui préfèrent l’intensité des moments de création au devenir spectacle de l’œuvre.  Né en 1972 à Jendouba en Tunisie,  il obtient une maîtrise en arts plastiques à l’Institut supérieur des Beaux-Arts de Tunis en spécialité gravure, ainsi qu’un diplôme d’études approfondies (DEA) en arts plastiques. Il prépare, actuellement, une thèse dans la même spécialité.
C’est en 2000 qu’il commence à exposer ses travaux, en exploitant plusieurs médiums et techniques, du dessin qui demeure le breuvage de ses œuvres, en passant par la peinture et l’installation. Mais c’est la gravure qui reste sa technique de prédilection, celle qu’il dit préférer à toutes les autres. L’écriture et la poésie occupent aussi une grande importance dans son processus de création et quand il n’est pas dans son atelier, c’est à l’Institut des Beaux-Arts de Tunis qu’on peut le trouver où il enseigne, avec beaucoup de passion, la gravure.
Le dessin est déterminant dans tes travaux. C’est lui qui les abreuve...
Tout passe par le dessin qui est présent presque au quotidien. Le dessin est ce qui émane de l’ombre. Auparavant, j’étais plus dans le dessin d’après nature mais maintenant je fais, plutôt, dans le dessin de mémoire. Un dessin d’expression non élaboré, spontané et rapide, basé sur la ligne que je travaille en série dans des carnets. Il constitue, tel quel, de futures gravures et peintures, ou alors il suggère d’autres formes et devient objet de spéculation picturale.

Comment naît l’œuvre chez toi ?
Mon oeuvre naît en fonction du médium; chaque technique a ses problématiques et le processus change en fonction de cela. Encore une fois, le dessin est fondamental, qu’il soit instantané ou antérieur; c’est un outil génial et un moyen de découverte. L’idée ne m’appartient pas et je crois dur comme fer qu’une idée est déjà vouée et engagée dans un processus, comme le dit Deleuze. Mon imaginaire prend souvent son élan à partir de mes lectures de poèmes, car je suis un grand consommateur de poésie. Dans mon œuvre, j’essaye de faire transparaître les moments de fragilité de l’être humain, de sa liberté extrême, voire de son état animal. La peinture a toujours accompagné la gravure chez moi, depuis mes premières années d’étude. Je combine souvent dessin, photo et gravure. C’est comme si je travaillais le montage d’une vidéo.

Tu t’intéresses donc à la vidéo, aussi...
J’ai commencé depuis 2008 et j’en reste au stade du travail d’expérimentation. Cela a commencé avec ce besoin de passer à autre chose et c’est le cinéma qui a alimenté cela. Il y a eu une période de deux ans avec un engouement horrible pour le cinéma, où je pouvais visionner quatre films par jour. Cela m’a permis de bien me cultiver cinématographiquement, surtout par rapport à l’aspect technique. Je ne suis pas cinéaste, même si j’ai fait des tentatives d’écriture.
La première série que j’ai réalisée est intitulée L’âme du Chamane, elle est inspirée d’une poésie de Darwich et présente des montages de photos et des séquences tournées dans le sud tunisien.

Est-ce que tu as déjà exposé tes vidéos?
En dehors des publications virtuelles, l’occasion ne s’est jusque-là pas présentée. Au fait, je suis une personne qui expérimente beaucoup, que ce soit en vidéo ou en gravure, mais je ne vais pas jusqu’au bout de mes expérimentations, car je me lasse et je ressens vite le besoin de passer à autre chose. Pour moi, ce sont des moments intenses que l’on vit seul, avec une délectation immédiate qui n’a pas besoin forcément de suite...  

Parle-nous de ces personnages récurrents qui constituent ton œuvre...
Ces personnages existent par eux-mêmes, ils sont nés en 2000 et ils ont figuré dans mon projet de DEA. Depuis, ils reviennent dans mon œuvre et c’est plus fort que moi. Je les installe dans des séries de dessins qui sont parfois séquentiels, où chacun évolue dans le cadre. C’est pour cela qu’on retrouve souvent dans ma peinture et mes gravures des diptyques ou triptyques. Ces personnages sont souvent nus, pris dans leur état le plus fragile et le plus brut.

Tu as dis que tu étais un grand consommateur de poésie. Est-ce que tu en fais toi-même?
J’écris occasionnellement de la poésie, au gré des envies, mais elle reste autonome, ne dépendant ni d’une peinture ni d’un dessin... En revanche, celle des autres peut inspirer et suggérer mon œuvre.

Avec et malgré tout cela, la gravure reste ton premier amour...
Je me retrouve plus dans la gravure, car avec cette technique on passe par un itinéraire, par une sorte de cérémonial et de rituel. Contrairement à la peinture, l’on reste dans le mystère jusqu’à la révélation tant attendue qui nous laisse comme suspendus dans le temps, baignant dans les odeurs de l’atelier, du vernis de l’encre et du papier une fois mouillé... Bien des sens sont sollicités dans ce rituel artistique. Il se crée avec la gravure un rapport plus intime avec le spectateur qui, à l’opposé de la peinture, doit s’approcher pour voir une gravure. Si j’avais à choisir entre toutes ces techniques, j’opterais pour cette dernière (sourire).

Qu’est-ce que l’acte d’exposer pour toi?
C’est un acte qui demeure essentiel dans une pratique artistique. Il y a d’abord l’acte de création où l’autre est, selon moi, inexistant et absent, car penser à l’autre relève d’une forme d’autocensure. J’accorde, personnellement, plus d’importance à l’acte de création qui est plus fort et plus intense. Exposer est très important; cela implique l’autre à qui l’on donne l’occasion de vivre l’œuvre, comme c’est le cas pour l’artiste au moment de son élaboration. C’est l’œuvre qui communique et non l’artiste. Une fois exposée, elle devient autonome. C’est pour cela que, pour moi, le rôle du critique d’art n’est pas très important dans l’appréciation esthétique de l’œuvre.

Si tu devais juger l’état des lieux de la visibilité et des galeries en Tunisie, que dirais-tu ?  
Il n’y a pas beaucoup de galeries aménagées, ad hoc et qui œuvrent, comme il se doit, dans ce sens. Chacun doit assurer sa part du boulot et c’est donc aux galeristes de communiquer. Dans notre pays, la visibilité n’est pas permise à tout le monde, il y a un problème de centralisation des galeries, car en dehors de la capitale — elle-même ne renfermant pas assez d’espaces—, les autres villes se contentent de lieux non spécialisés.

Peut-on parler d’un art contemporain tunisien?
Il faut commencer par définir ce qu’est l’art contemporain. Marc Jimenez et Catherine Millet, en le définissant, ont trouvé que les frontières entre le moderne et le contemporain ne sont pas encore nettes. En Occident, il y a eu la nécessité épistémologique qui a donné lieu à ces formes d’art. Sous nos cieux, il y a des tentatives, qui font souvent dans l’exportation de clichés et d’images. Nous avons une conception linéaire de l’histoire. Chez nous, est contemporain ce qui relève des nouveaux outils et techniques. Nous devons saisir que la contemporanéité est une attitude et non une technique.

Et le marché de l’art dans tout cela ?
Il n’y a pas de marché de l’art en Tunisie. Le secteur n’est pas structuré en Tunisie; il y a une rencontre d’intérêts et de protagonistes avec les collectionneurs et les amateurs d’art. Il y a aussi ce qu’on appelle un lobbying, comme partout. A un certain moment, il y a eu un grand engouement pour l’œuvre de Bouabana, de son vivant, qui a même abouti à l’existence et à la vente de faux tableaux.
Le marché de l’art est un outil avec lequel l’idée de l’art est poussée jusqu’au bout. Cela est toujours relatif à un contexte social et économique. En Tunisie, nous demeurons encore archaïques dans ce sens.

La liberté de création a pris récemment un sale coup sous nos cieux?
On ne parviendra jamais à empêcher un artiste de s’exprimer. Goebbels n’a-t-il pas brûlé les œuvres d’artistes avant-gardistes ? Cela ne les a pas empêchés de résonner jusqu’à maintenant. On peut déranger un artiste, lui mettre des bâtons dans les roues, mais on ne peut jamais l’empêcher de s’exprimer. Le meilleur exemple est celui de  l’Iranien Jaafar Panahi, interdit pour une durée de vingt ans de tourner des films et de quitter le territoire, il a quand même tourné Ceci n’est pas un film qui a été primé à Cannes!

Oui, mais dans certains cas, comme dans celui des graffeurs du groupe «Zwewla», cela peut sacrément décourager ou amener à une forme d’autocensure?
C’est un combat de longue haleine qui implique tout le monde. Cela dépasse la liberté d’expression; c’est une liberté qui s’ancre dans le social.

En parlant de «Zwewla», penses-tu que le street art (art de la rue) commence à avoir de l’ampleur chez nous?
C’est une attitude normale que de vouloir reconquérir et investir l’espace public, longtemps confisqué chez nous. Il faut dire qu’elle a toujours été présente, mais elle revêt, maintenant, un aspect artistique. Internet a aidé à l’ouverture sur cette forme d’art, faisant en sorte que le politique et l’artistique se croisent, pour finir par accentuer la dimension artistique. Il y a, dans ce sens, des tentatives très prometteuses, comme celles de «Ahl el kahf» et de «Zwewla».

Est-ce que tu es pour la structuration de ces formes d’art?
Non, pas vraiment. Je serais plutôt pour leur reconnaissance, afin de permettre à ces artistes de jouir des mêmes droits que n’importe quel autre artiste tunisien.  

Que penses-tu des dernières acquisitions de la commission d’achat du ministère de la Culture, exposées récemment dans «Panoram’art 2012»?
Cette exposition rétrospective est une des revendications du Syndicat des métiers des arts plastiques. Dans cette exposition, on déplore l’absence des prix des acquisitions. Quand on prétend à une certaine transparence, il faut aller jusqu’au bout. Pour ce qui est de la commission en général, il serait temps de revoir, une fois pour toutes, son rôle et son mode de fonctionnement. Nous devons apprendre à raisonner en termes de structures et non d’individus. Il faut définir le rôle de la commission et la destination des acquisitions (musées, expositions temporelles...). Certes,  il y a eu quelques changements avec la dernière commission qui est actuellement dissoute, pour ne plus faire participer les administratifs aux votes — une autre revendication du Syndicat — , mais tant que nous  n’avons pas réformé les textes de loi, cela ne sera pas garanti.

Certains pensent qu’il faut inclure d’autres groupes sociaux, en dehors des protagonistes des arts plastiques dans la commission. Qu’en penses-tu?  
Pourquoi pas ? Oui, cela peut être intéressant de faire participer d’autres personnes qui ne soient pas forcément du domaine.

Tu es secrétaire général adjoint du Syndicat des métiers des arts plastiques. Parle-nous de ses réalisations?
Depuis sa création en 2008, le syndicat n’a cessé de soumettre au ministère de tutelle des projets de réformes. Nous lui avons proposé, dès l’époque de M. Bechaouech, un projet avec plusieurs points qui touchent, entre autres, aux questions sociales (carte professionnelle, retraite...). Outre la demande de réforme des textes de loi (qui ne prennent pas en considération les nouvelles pratiques comme la vidéo), sans laquelle rien n’est acquis, nous avons suggéré la création de deux autres commissions, en plus de celle des acquisitions des œuvres muséales : l’une gérerait les subventions et les aides à la création pour lancer des projets et l’autre pour aider les jeunes et débutants à réaliser leurs premières expositions (frais d’invitations, de catalogues...). Le syndicat ne peut pas à lui seul tout garantir et je reproche à certains artistes le manque d’engagement pour le métier.

Comment se présente la condition de l’artiste en Tunisie?
La situation de l’artiste tunisien est socialement précaire et fragile sur deux plans. D’un côté, il n’est pas ancré dans la société et dans l’imaginaire collectif, ce qui fait qu’il est parfois malmené par le politique. D’un autre côté, il y a toutes ces menaces qui touchent de plus en plus à la liberté d’expression et de création. En même temps, l’artiste est, d’une certaine manière, craint car une œuvre d’art dérange toujours. Tout en étant considéré comme le maillon faible, il continue à déranger. Sa fragilité est ainsi illusoire et trompeuse.

Qu’en est-il de tes projets futurs?
Je prépare une exposition intitulée les «bas instincts» prévue, normalement, pour le 12 avril. A priori, elle sera constituée de gravures et de peintures. Je pense à reprendre quelques projets vidéo. J’ai deux scénarios de courts métrages que j’ambitionnes de tourner. En tant qu’enseignent j’ai des projets plein la tête que je rêve de concrétiser pour mon atelier de gravure que je dirige, comme d’organiser des expositions périodiques et de pouvoir diversifier les médiums en alliant, par exemple, la vidéo à la gravure.

Auteur : Propos recueillis par Meysem MARROUKI Ajouté le : 10-12-2012
Source : www.lapresse.tn

 

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