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Entretien avec Hamideddine Bouali. Du rêve aux enfants à travers l’art.

enfants-photos-Kallel-SammamaEn décembre 2012, le photographe Hamideddine Bouali a animé un atelier de photographie au profit de 53 écoliers âgés de 6 à 12 ans, à Kallel Sammama, un village à mi-chemin entre Sbeïtla et Kasserine, où les habitants vivent dans l’isolement et dans des conditions de vie modestes. Retour sur une expérience humaine intense, qui aura donné aux enfants l’occasion de rêver et de se révéler à eux-mêmes et aux autres.

Comment est née l’initiative de cet atelier à Kallel Sammama ?

Les deux associations qui ont organisé à la perfection l’atelier de photographie sont le MEPI (dépendant de l’ambassade américaine à Tunis) et l’Association de développement de la femme rurale (ADFR), présidée par Bechir Omri. C’est ce dernier qui m’a contacté. Je l’avais rencontré dans un atelier de photographie à Redeyef il y a six ans. Je n’en suis pas à mon premier atelier avec les enfants et, en général, je suis toujours partant pour ce genre d’initiative.

Comment s’est déroulé l’atelier ?

L’atelier a duré six jours. Les thèmes abordés sont la prise de vue, la correction des images sur ordinateur, leur sélection sur des critères tels que le cadrage et la lumière ainsi que la réalisation de diaporamas, où les enfants ont appris la notion de causalité et la prise en compte de la dimension de la projection. Je leur ai fait également une introduction à l’histoire de la photographie et parlé d’Ibn El-Heythem, en plus d’une présentation de grands noms de la photographie. A la suite de ce cours, il s’est passé quelque chose d’incroyable. Les enfants venaient de découvrir des photos de Robert Doisneau, dont une avec deux enfants marchant sur leurs mains, intitulée «Les deux jumeaux». Le lendemain, un des écoliers me présente sa reproduction exacte, réalisée par ses soins avec ses camarades, alors que je ne leur avais rien demandé. Les enfants sont sensibles aux photos où leurs semblables sont représentés.

Quels autres travaux ou exercices ont été effectués à l’atelier?

Le premier exercice effectué par les enfants a été de se photographier les uns les autres pour se familiariser avec l’appareil photo dans un environnement qu’ils connaissent bien. De cette manière, ils ne se confrontaient qu’à une seule inconnue à la fois. Dans un second temps, je leur ai demandé de fermer les yeux, d’écouter une musique et de s’imaginer des images. Cela a été magnifique. Sur une marche funèbre de Chopin, l’un a évoqué un enterrement, l’autre des fantômes et un autre une femme en noir en train de pleurer. Sur West Side Story, les enfants ont décrit des gens qui courent, des voleurs en train de cambrioler une maison et des policiers qui les rattrapent, sans même avoir entendu les sifflements, un peu trop évocateurs, à la fin du morceau. Sur Le lac des cygnes, ils ont imaginé des gens qui se tiennent par la main et qui se promènent dans la nature. Ils sont vierges ! Leur esprit n’est pas pollué par une profusion d’images provenant des affiches, des magazines, des bouquins ou de la télévision, car il n’y a pas de ça dans leur village. J’ai réalisé des ateliers pour des enfants dans la capitale, c’était différent. Quand on leur demande d’imaginer quelque chose, ils pensent tout de suite à une image qu’ils ont déjà vue quelque part.

Quelle est l’approche pédagogique adoptée avec les enfants ?

Je leur dis que personne n’a ni tort ni raison. Chacun est libre de penser et d’interpréter les choses comme il veut, selon ses propres perceptions. Les enfants étaient contents de cette approche. Ils n’avaient pas honte de se tromper et n’hésitaient pas à participer. Dans la classe, il y avait un écolier qui bégayait, on m’avait prévenu que d’habitude il ne parle jamais. Dans mon atelier, il s’est complètement libéré !

Comment étaient les enfants à la fin des cours ?

L’atelier leur a donné envie de vivre encore plus d’expériences comme celle-là. Ils se sont habitués à une nouvelle méthode pédagogique qui leur convenait. A la fin de l’atelier, un des enfants est venu me voir en pleurant et m’a demandé si c’était vrai que je ne viendrai plus dès le lendemain. Cela m’a fendu le cœur. Il faut savoir qu’à Kallal Sammama, il n’y a rien d’autre qu’un dispensaire, une mosquée et une école. Cette dernière est le seul endroit où les enfants peuvent se rencontrer, rester ensemble et entendre autre chose que ce qu’ils entendent à la maison. Leur seule distraction c’est donc l’école. Les ruines de Sbeïtla, le site archéologique le mieux préservé de la Tunisie, n’est qu’à 15 km de leur village. Pourtant, les enfants n’y ont jamais mis les pieds. De plus, ils vivent dans un isolement total. Quand je leur ai montré une de mes vidéos, qui résume en images l’année 2012, ils m’ont demandé après ce qu’était la Saint Valentin, ce que faisait le drapeau de l’Arabie Saoudite en Tunisie en voyant le drapeau noir porté par les salafistes, pourquoi les gens dormaient dans la rue... Ils sont hors du coup ! J’en ai profité pour ouvrir une parenthèse et expliquer que dans les grandes villes il n’y a pas que des avantages mais aussi des inconvénients, comme l’indifférence et la pollution.

La suite à cet atelier ?

Les enseignants de l’école ont assisté à l’atelier et peuvent le refaire s’ils le souhaitent. Ils ont la possibilité d’emprunter à nouveau les appareils photos achetés pour l’occasion par les organisateurs. Pour ma part, je compte revenir au village pour aménager une salle de lecture à l’école. J’ai créé un événement sur facebook qui s’appelle « une ludothèque pour une école primaire », pour ceux qui veulent contribuer à ce projet et faire des dons. En mars, j’aimerais organiser une journée festive, dans laquelle il y aura une projection de films, des clowns et un magicien. Une caravane pourrait être organisée pour inciter les gens à venir découvrir un lieu où l’air est très pur et les habitants sympathiques et modestes, mais à qui on ne rend jamais visite.

Un appel à lancer ?

J’aimerais lancer un appel aux photographes, aux peintres, aux cinéastes... Il y a une citation qui dit « le bon à rien est celui qui n’est bon qu’à soi ». Il faudrait que tous ceux qui ont un savoir-faire pensent à le partager avec ces gens oubliés, pour les sortir de leur solitude. Malheureusement on ne le fait que trop rarement, parce que c’est extrêmement fatigant et très aléatoire. On ne sait pas ce qui nous attend. C’est difficile, mais c’est en forgeant qu’on devient forgeron.

Propos recueillis par Dorra MAAOUI  le  21-01-2013

Source : lapresse.tn

Diaporama réalisé par l'école Kallel Semmama

 

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