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Home TAGPress Tunisie Entretien avec Nadia Khiari, la créatrice de Willis from Tunis. « La liberté d'expression est la seule victoire concrète de cette Révolution… »

Entretien avec Nadia Khiari, la créatrice de Willis from Tunis. « La liberté d'expression est la seule victoire concrète de cette Révolution… »

willis-from-TunisA l’occasion de son deuxième anniversaire, nous avons rencontré  Nadia Khiari (Willis from Tunis), un après-midi à la Marsa. Pendant plus d’une heure, nous sommes revenus sur la naissance, l’évolution et l’avenir de ce chat sympathique et attachant.

Il nous a accompagnés pendant les premiers jours de la Révolution et continue à le faire au gré des évènements. Une rencontre pleine d’amour et d’humour dont la toile de fond demeure la liberté d’expression et le respect d’autrui.

Le Temps : Willis fête sa première année. Comment est-il né et comment évolue-t-il?
Willis From Tunis : Il est né le 13 janvier 2011 exactement pendant le dernier discours de Ben Ali, le fameux « Je vous ai compris » et il évolue au fur et à mesure que la société évolue en vivant au jour le jour ce qui se passe au niveau de l’actualité. Willis est né d’une manière totalement spontanée pour amuser mes amis, mes proches afin de les faire sourire dans des moments difficiles…

ce n’était pas vraiment le moment de rire, tout le monde était tendu, très angoissé et comme je n’aime pas voir les gens que j’aime tristes donc c’est parti de cela. Puis j’ai continué à publier mes dessins parce que je recevais plein de messages, de mails de gens que je ne connaissais pas mais qui me disaient : « s’il te plait continue, ça nous fait du bien de rire, de prendre un peu de recul, de rire même de situations difficiles, ça nous fait du bien. » C’était réellement un anti-anxiogène. Le but d'un dessin est tout d'abord de faire sourire mais aussi de faire réfléchir, de prendre du recul.

Pourquoi avez-vous choisi le dessin comme moyen d’expression ?
W.F.T. : Je fais un dessin parce que j’en ressens le besoin. Quand je ne suis pas inspirée, je ne publie pas, je ne me l’impose pas. C’est vraiment au jour le jour, selon l’inspiration, ce que je vis, les discussions, ce que je lis dans le journal, selon aussi ce que je vois dans la rue en général. Le personnage évolue en fonction de comment évolue la société depuis plus de deux ans. Donc, ce qui m’inspire au fond, c’est l’absurdité des choses ; et ce que j’essaie de faire, c’est de montrer l’aspect dérisoire de certaines choses, mettre le doigt là où ça fait mal et j’aime bien ça mais toujours dans le respect des autres. L’essentiel est de sourire, d’avoir de l’humour par rapport à tout cela.

Qu’aura à dire Willis dans cette nouvelle année ?
W.F.T. : Tant que les politiciens diront des bêtises et, à mon avis, je pense que cela ne changera pas, il y aura encore et toujours de la matière… j’espère en tout cas qu’un jour il n’y aura plus de quoi se moquer, qu’on vivra dans un monde parfait mais comme ce n’est pas le cas, Willis va continuer à commenter l’actualité selon ce qui se passe et comment on évolue… Je pars du principe que la liberté d'expression est la seule victoire concrète de cette révolution. Nous nous devons de nous battre pour elle tous les jours. Ne serait-ce que pour tous ceux qui ont été torturés, intimidés ou même tués durant la dictature, comme par exemple Zouhair Yahyaoui de Tunezine. Il faut au contraire profiter de cette liberté et continuer dans ce sens. Il faudrait peut-être expérimenter d’autres choses, il n’y a pas que Willis, je ferais autre chose, je ne sais pas. Il y a deux ans, Willis n’existait pas encore. Je n’aurais jamais imaginé au jour d’aujourd’hui me faire interviewer, parler de Willis, parler d’une bande dessinée. Mon rêve était toujours faire de la bande dessinée, des dessins de presse et là c’est une vraie révolution dans ma vie artistique… même à en parler, à dire les choses, à parler de la politique, de la religion, de critiquer le pouvoir en place, de se moquer, c’est un luxe inouï. Ce qui me stimule à continuer tant que cela sera encore possible.

Facebook, Twitter ont aidé à faire connaitre et à diffuser Willis sur la toile…
W.F.T. : Sans Facebook ou Twitter, sans Internet en général, je n’existerais pas c’est évident. C’est le cas aussi de beaucoup d’autres dessinateurs dans mon entourage qui n’ont pas forcément la possibilité de montrer leur travail par le biais de livres ou en collaborant avec des journaux. Facebook est déterminant pour la liberté d’expression, pour l’échange pour les rencontres ; en plus c’est un outil de communication énorme. En Tunisie, on est pratiquement trois millions de personnes à avoir un profil Facebook. C’est une plateforme inouïe pour faire connaître et diffuser son travail. Pour moi c’est un outil absolument génial parce qu’on touche plein de monde même des gens qui n’ont pas forcément les mêmes idées que nous. Il y a un dialogue, un échange d’idées entre des gens qui sont pour et d’autres qui sont contre ce que je fais. On critique mon travail positivement ou négativement et je me dis que c’est sain car on a vécu dans la pensée unique, dans le consensus donc, même si cela part dans tous les sens parfois, ce n’est pas grave, l’essentiel c’est de s’exprimer. Facebook ou Twitter ou les réseaux sociaux en général sont géniaux pour, non seulement, faire connaître son travail, mais aussi pour ouvrir d’autres portes.

La célébrité acquise sur la toile a conduit à une publication…
W.F.T. : Le premier livre est sorti début mars 2011. En fait, le recueil regroupe tous les dessins du 13 janvier au 1er mars 2011 en plus d’une bonne quantité d’inédits. Je ne m’attendais pas du tout à un si grand impact du livre. Je l’avais publié à compte d’auteur comme je venais, à l’époque, de recevoir mon salaire de professeur que j’attendais depuis septembre, j’avais d’abord pensé que ce n’était peut-être pas le moment d’investir dans un livre. J’avais hésité à le publier car c’était une période assez floue ; après je me suis dit que c’est le moment ou jamais pour le faire et je l’ai fait. J’en avais sorti mille exemplaires. Dès sa sortie, le livre a eu énormément de succès. ہ la première signature, il y a eu beaucoup de monde, ce qui m’a permis d’ailleurs de connaître les personnes que je connaissais virtuellement à travers le profil sur Facebook. Actuellement, je suis à plus de trois mille exemplaires de vendus.

Ce premier recueil a été suivi d’autres publications, que pouvez-vous nous en dire ?
W.F.T. : Le tome 2 qui regroupe les dessins de mars 2011 à janvier 2012 avec beaucoup d’inédits est sorti en avril 2012. J’espère qu’il a eu le même succès que le premier. Ce tome a été précédé en mars par un recueil de tous les dessins de 2011, paru cette fois en France aux éditions de la Découverte. Je me suis dit ce n’est pas intéressant de les sortir ensemble. Dans le tome 2, il y a beaucoup de dessins de 2011… ce n’était pas la peine de sortir le même livre ici et là, j’ai préféré donc sortir le tome 2 en Tunisie et l’autre recueil en France. Pour ce dernier, on a sélectionné des dessins qui peuvent être compréhensibles par des Français et des Etrangers parce qu’il y a beaucoup de mes dessins qui sont axés sur l’imaginaire tunisien. Mais pour un public étranger, le but est de montrer l’évolution d’une révolution au jour le jour et passer de la Révolution aux élections et aux résultats des élections.

Et comment Willis a-t-il vécu ces élections ?
W.F.T. : Disons que je m’y attendais un peu mais pas autant. Je pense que la première réaction, c’est la déception, ce n’est pas forcément à quoi je m’attendais. Il faut être sport, il faut être démocratique aussi et accepter le résultat en espérant que ceux qui ont le pouvoir soient démocratiques et jouent le jeu de la démocratie. Ce qui m’intéresse maintenant, c’est l’aspect politique et l’aspect économique du pays et comment on va le relever de ce gouffre qui le guette. Pour cela, peu importe ceux qui ont accédé au pouvoir, il faut travailler afin de relever l’économie du pays.

Sinon, on va vers le pire…
W.F.T. : اa ne peut pas aller pire… quoique Fellag, l’humoriste algérien dit « quand on est au fond du trou, nous les Arabes, on se débrouille toujours pour creuser » (rire)…

Quels sont vos projets ?
W.F.T. : Comme je l’ai dit tout à l’heure, je fonctionne au jour le jour. Je n’ai pas de projets, c’est vraiment selon l’inspiration. Par exemple, le personnage de la petite vieille qui a toujours des propos salaces, peut-être que je pourrais le développer encore plus. J’ai aussi d’autres projets mais ils sont encore au stade fœtal pour le moment : « des histoires de couples » que j’aborderais d’une manière réaliste, pas à « l’eau de rose », tout en restant dans la dérision. Il est évident que j’ai envie de créer d’autres personnages… mais il est encore tôt pour en parler.

Justement, le personnage de Mamie Bouna est très attachant, est-il inspiré d’une personne en particulier ?
W.F.T. : C’est un clin d’œil à plein de gens. C’est un gros mix de beaucoup de personnes que je connais et aussi c’est un peu moi quand j’aurai 80 ans (rire). En fait, j’ai créé ce personnage parce que je me disais : comment faire passer des choses très crues sans que cela soit mal interprété ou que ce soit « choquant » ? Vu que dans notre société, on respecte énormément les personnes âgées même quand elles disent des âneries, on les laisse dire. Forcément, Mamie Bouna peut dire ce qu’elle veut, on ne l’embêtera pas. En plus c’est vrai, qu’on n’hésite pas à écouter nos grand-mères, les femmes âgées de la famille quand elles discutent entre elles dans la cuisine ou dans le salon ou ailleurs ; et leurs discussions sont assez chaudes en général. Elles n’ont pas trop de tabous et elles tournent tout à l’humour, c’est assez rigolo. Donc, je me dis que le personnage de la petite vieille reflète un peu nos femmes. En tout cas, ce personnage est à l’image des gens de ma famille ou autour de moi… c’est un mélange au fait de femmes mais aussi d’hommes que je connais… tous m’inspirent. Quand j’entends des choses rigolotes, je les tourne à ma manière. Peut-être que je ferai la biographie de Mamie Bouna dans le futur…sa folle jeunesse (rire).

Vous nous parliez de la liberté d’expression et de la réaction des gens. Est-ce que vous avez eu des réflexions désobligeantes ?
W.F.T. : C’est sûr qu’en général, quand les gens n’aiment pas, ils insultent, ils n’ont pas trop d’arguments au fait pour dire pourquoi ils n’aiment pas, pourquoi ils n’apprécient pas. Dans ce cas, les insultes ne me font ni chaud ni froid car je me dis que cela relève après tout d’une pauvreté d’esprit. Après, quand les critiques sont acerbes, c’est en général les internautes, membres du groupe qui se chargent de remettre la personne à sa place car moi, je n’interviens jamais dans les commentaires, ce n’est pas mon rôle. Mon moyen de communiquer est le dessin. Comme le dit Plantu, notre premier langage, étant enfant est le dessin… et je ne suis pas là pour donner tort ou raison à quiconque, chacun interprète comme il veut, s’il n’y a pas de second degré de lecture tant pis… Disons tout simplement que je ne suis pas là pour commenter ou pour défendre. Je fais mon dessin et je passe.
A quelques reprises j’ai écrit à des personnes un message privé parce que j’ai vu qu’ils ont mal interprété ou ont compris le dessin de travers. C’est peut-être ma faute aussi… peut-être que le dessin n’était pas efficace et je leur ai écrit pour leur dire : « n’oubliez pas que c’est de l’humour, je ne fais pas de politique, je n’ai aucun pouvoir, je ne fais que de l’humour. » En général ces gens me répondent très gentiment et s’excusent. Donc il y a généralement une ambiance très bon enfant. Je ne censure jamais rien sur le mur. Tout ce qui est écrit, je le laisse.

Mais si la critique va trop loin ?
W.F.T. : J’essaie tout le temps de ne pas me polluer la tête avec les choses négatives. C’est vrai que cela touche, ce n’est jamais agréable de se faire insulter ou d’être critiqué mais il faut savoir gérer. J’ai assez de problème pour me prendre la tête avec ça. J’en tiens compte de toute façon. Je remets toujours en question mon travail en me disant : s’il a été interprété de cette manière là, c’est qu’il n’était pas efficace, il n’est pas bon et voilà, on essayera d’être meilleur dans les prochains.

Justement parlons de l’évolution et de l’aventure « Yaka-Yaka » et « Siné Mensuel »…
W.F.T. : On est plusieurs dessinateurs, plusieurs personnes à y participer. Il y a des dessins mais également des articles. Souvent, ce sont des coups de gueule par exemple il y a la rubrique « yaka raler » où on râle sur l’actualité. Il y a des gens qui écrivent des textes concernant des sujets brûlants en plus des dessins, des articles et des interviews. Quant à Siné Mensuel, c'est Siné, le dessinateur qui m'a, le premier, offert une chance de montrer mon travail. Le magazine paraît en France mais n’est malheureusement pas diffusé en Tunisie, j’y participe avec la carte postale tunisienne.

Avant de se quitter, quel personnage est le plus préféré dans la saga Willis ?
W.F.T. : Cela dépend des gens mais beaucoup de femmes adorent Mamie Bouna, elles disent que c’est leur personnage préféré. Mais c’est vrai que Willis est un personnage protéiforme car il n’y a pas qu’un seul Willis. Il peut prendre les traits de Kaddafi, comme ceux de Ben Ali, ou encore de Jbeli etc. C’est une sorte de cobaye, j’en fais ce que je veux, je l’utilise… il n’y a pas qu’un seul chat, il y’en a une centaine.

Et vous, quel rapport entretenez-vous avec vos personnages ?
W.F.T. : L’attachement que j’ai, je l’ai avec tous les personnages parce que quand j’arrive moi-même à me faire rigoler, je sais que c’est bon… d’ailleurs même mon entourage quand il me voit en train de dessiner et de ricaner en même temps, toute seule, ils me disent : celui-là il va être fameux.

Propos recueillis par Raouf Medelgi,  le 29 janvier 2013

Source : letemps.com.tn

 

 

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