In order to view this object you need Flash Player 9+ support!

Get Adobe Flash player
Joomla! Slideshow
Home TAGPress International Festival Dream City : un air de Tunisie à Marseille

Festival Dream City : un air de Tunisie à Marseille

marseille-provence-2013-de-la-censure-a-la-fatwaEn 2007, Selma et Sofiane Ouissi osaient défier la dictature de Ben Ali en organisant un festival culturel à Tunis. Dream City était né. Les 18 et 19 mai, avec de nombreux artistes, ils investissent L'Estaque, quartier de Marseille. L'occasion de s'interroger sur la Tunisie d’aujourd’hui, entre censure, révolution et fatwas.

« L’année dernière, j’ai eu très peur… Demander aux artistes de participer au festival, c’était comme les envoyer à la guillotine. C’est l’époque où beaucoup se faisaient tabasser, certains étaient même fichés par les extrémistes... » Selma Ouissi a pensé jeter l’éponge. Sous la pression des barbus, la troisième édition de la biennale Dream City a bien failli être annulée. « Les artistes ont voulu continuer. Mais j’ai préféré engager des gardes du corps. Ils étaient là durant les trois jours du festival. »

 

Selma et Sofiane Ouissi, à la gare de L'Estaque. (photo tirée de la série "Tunisie, portrait d'une révolution". www.augustinlegall.com)  ©Augustin Le Gall.

C’était à Tunis, à l’automne dernier. Dream City a pu se dérouler sans encombre, en dépit d'une période particulièrement tendue : quelques mois plus tôt, en juin, une exposition d’art contemporain, jugée insultante par des groupes islamistes, avait entraîné de violentes émeutes. « Des œuvres ont été saccagés, l’une d’elles a été brulée en pleine rue, se souvient Selma Ouissi. Tu peux imaginer qu’après une expo, un imam prêche que le sang doit couler ? La Tunisie va mal aujourd’hui. C’est bien pire que sous Ben Ali. Tu m’aurais dis ça avant la Révolution, je ne t’aurais pas cru…» A vrai dire, on a l’impression qu’elle n’y croit toujours pas.

Cette semaine, Selma Ouissi a débarqué à Marseille. Avec elle, son frère Sofiane, et tout un festival, Dream City, « biennale d’art contemporain sur l’espace public » que la fratrie a créée à Tunis il y a un peu plus de cinq ans. Sur l’invitation de Marseille-Provence 2013 et de la compagnie Karwan, un « florilège » des trois éditions de ce festival sera présenté, ce week-end des 18 et 19 mai, dans la cité phocéenne. Soit une vingtaine de propositions artistiques (arts plastiques, théâtre, installations, performances, etc.) pensées pour la medina de Tunis entre 2007 et 2012, aujourd’hui transposées dans les rues, commerces, jardins, et écoles du quartier de L’Estaque, au nord de la ville.

Si dans son propos, elle vise une certaine universalité, cette édition marseillaise de Dream City raconte en réalité quelque chose de la Tunisie contemporaine. De Ben Ali à Ennahda (parti islamiste au pouvoir actuellement), ce festival interroge les bouleversements à l’œuvre de l’autre côté de la Méditerranée. Il commente, en temps réel, l’histoire en train de se faire.

Dream City est né en 2007 d’un acte de censure. La Tunisie était encore sous le joug de la dictature de Ben Ali. Danseurs et chorégraphes, Selma et Sofiane Ouissi (respectivement nés en 1975 et 1972), venaient tout juste de rentrer au pays après des débuts prometteurs en Europe. « Lors d’une émission à la radio, Selma avait déploré qu’ici, les artistes n’avaient pas de statut, raconte Sofiane. Elle a donc lancé un appel pour une marche pacifique. Mais on a été censurés en direct, l’émission a été arrêtée. La question qu’on s’est posés en sortant, c’est : “comment amener les gens à marcher dans la rue pour l’art ?” 

Le duo imagine Dream City à la manière d’une « tactique » : « Implanter des œuvres artistiques contemporaines dans la médina, c’était créer un espace de libre expression et de libre circulation. » Une façon de s’emparer de l’espace public pour le rendre aux artistes et aux citoyens. L’« action » est préparée durant plusieurs mois, en toute clandestinité. « On se réunissait avec les artistes dans le salon de Sofiane, reprend Selma. On n’a pas demandé d’autorisation, fait aucune communication… On a mis le gouvernement devant le fait accompli. »

marseille-provence-2013-dream-city

La robe blanche de la Palestinienne Raeda Saadeh va se parer de petits morceaux de tissus colorés, sur lesquels le public aura écrit ses vœux (18 et 19 mai, 17 h, espace Mistral). © DR

Le 7 novembre 2007, la medina se réveille transformée, jalonnée d’une vingtaine de créations. Dans un pays où les rassemblements de plus de trois personnes étaient interdits, ils furent près de 5 000 à suivre cette déambulation artistique, trois jours durant, au nez et à la barbe des autorités, complètement dépassées. « J’ai tout de suite été convoqué au poste de police, se souvient Sofiane. On m’a mis dans une salle avec une trentaine de flics en civil : ‘‘C’est quoi ça ? D’où vous venez ? Qui vous êtes ?’’ » Selma rassure : « Mais à la fin, on a reçu des félicitations. »

Bien qu’ils n’aient jamais eu l’ambition de devenir directeurs d’un festival, Selma et Sofiane, eux-mêmes « surpris par l’engouement  », décident de pérenniser ce qui avait été conçu à l’origine comme un acte unique. Dream City se trouve une nouvelle vocation : fédérer artistes et population de la medina au sein de « laboratoires de création » de plusieurs mois. « Toutes les œuvres présentées lors des éditions suivantes de Dream City ont été conçues in-situ, dans la medina, pour que commerçants et habitants partagent le processus de création avec les artistes. » Le tout avec, cette fois, l’accord des autorités.

Depuis, Dream City a connu deux éditions (en 2009 et 2012) et, entre temps, une révolution. La dictature de Ben Ali a laissé place à la tyrannie des barbus. « La Tunisie est en train de devenir un désert culturel. Pour les extrémistes, l’art est ‘‘péché’’, les artistes sont menacés, s'alarme Selma. Avant, le pouvoir était identifié, maintenant, c’est plus complexe, plus dispersé : on ne sait jamais d’où le danger va venir, ni qui va décider que ce tu fais est péché. On a peur, on rase les murs... »

Bon nombre des créations présentées à Marseille ce week-end des 18 et 19 mai aborderont les nouvelles problématiques de la société tunisienne : la censure (L’AntiLivre, lecture-performance de l’Algérien Mustapha Benfodil, réalisée à partir d’ouvrages mis au rebut), l’intolérance (Fin de série, de Souad Ben Slimane, sur les violences des salafistes à l’encontre des prostituées), la liberté d’expression (La Voix des gens, évocation des radios pirates, où l’on verra ce que les animateurs ne disent pas)…

mouna-jemal-dream-cityL’installation Parti Facelook/Parti Facelike, de Mouna Jemal et Wadi Mhiri. © M. Maffioli

Artistes « fichés » par les islamistes, Mouna Jemal et Wadi Mhiri, illustreront enfin, à leur façon, la question de l’apprentissage de la démocratie. L’installation Parti Facelook/Parti Facelike, présentée à Dream City 2012, « remet en question la façon dont a voté pour Ennahda alors qu’en tant que peuple, on n’a aucune maturité », commente Sofiane. Dans ce « bureau de vote », le public est invité à choisir son candidat non pas selon ses idées, mais selon sa tenue vestimentaire... « Comme ça, ce week-end, les Marseillais pourront voter à la Tunisienne ! »

LE BLOG MARSEILLE-PROVENCE 2013 - Le 17/05/2013
Sandro Piscopo-Reguieg
telerama.fr

 

tagalerie-accueil

 

tagoeil

catalogue-salon-artistes-tunisiens

Kritik-d-Art


 

Facebook Fan Page TAG-TunisiArtGallerieskom-koilogo-yaka