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Home Outside Tunisia "Kerkennah, un archipel au fil de l’eau" | 01 Juillet > 01 Sept | Exposition de photographies, dans le cadre de « Mémoire des ports de Méditerranée », Maison de la Région, La Seyne-sur-Mer, Marseille

"Kerkennah, un archipel au fil de l’eau" | 01 Juillet > 01 Sept | Exposition de photographies, dans le cadre de « Mémoire des ports de Méditerranée », Maison de la Région, La Seyne-sur-Mer, Marseille

mémoire-des-portsVernissage de l’exposition : « "Kerkennah, un archipel au fil de l’eau" / La Seyne-sur-Mer, du hameau maritime à la cité aux douze ports » dans le cadre du Concours International « Mémoire des ports de Méditerranée »

Le Lundi 1er juillet 2013 à 18h30 à la Maison de la Région
(61, La Canebière - Marseille 1er)

Photographies de :


Leila Ayoub
Manel Chaabane
Franck Lefebvre
Karim Ben Amor
Salah Ben Amor.
Rim Temimi
Jamel Hili
Houssem Ben Salem
Wissem Ben Mechichi
Walid Bakir

Le dossier de l'association Kerkena a été sélectionné avec 14 autres villes Méditerranéennes d'Europe, parmi 25 villes en tout, au concours international "Mémoire des ports de Méditerranée.

Dossier de presse de la Fédération du Patrimoine Maritime Méditerranéen, organisateurs du concours.

ILES KERKENNAH
GOUVERNORAT DE SFAX - TUNISIE
Histoire et développement d’un archipel qui est le sanctuaire de la voile latine et des techniques de pêches
traditionnelles : les gargoulettes d’argile de la pêche au poulpe figurent déjà sur les mosaïques romaines
des fermes tunisiennes
Présenté par l'association Kerkena, membre de la FPMM.


Le programme  :

1er juillet 17H30 : Inauguration de l'exposition à la maison de la région à Marseille .

Le 11 juillet 19H00 : A l'auditorium de la maison de la région, Monsieur Ali El Hili Ex doyen de la faculté de Tunis et membre d'honneur de l'association Kerkena donnera une conférence intitulée " Iles de Méditerranée, hier et aujourd'hui, cas de Kerkennah"

Du 6 au 8 septembre : Grande parade Maritime de Marseille avec l'office de la mer, une felouque d'un membre de l'association montera de Kerkennah à Marseille pour participer.

Novembre ou décembre 2013 (date a confirmer) : Hôtel de la région de Marseille, proclamation du palmarès du concours.

Février 2014 : Palavas-les-flots, l'exposition s'y déplacera, suite à la demande également de cette ville.

www.association-kerkena.com

www.fpmm.net

KerkennahByRimTemimi

Kerkennah©RimTemimi

Kerkennah, un port flottant.
Epicentre du bassin méditerranéen, Kerkennah est un archipel comptant 7 îles dont deux
principales : Chergui et Gharbi qui sont habitées par 15000 résidents. A 19 km au large des côtes
Tunisiennes, Kerkennah s’étend sur 39 km de long sur 6 km de large en moyenne. L’histoire des
îles, si riche et mouvementée, a toujours été intimement liée à sa position stratégique. Ce plateau
qui émerge d’à peine 15 m pour son point le plus haut, est une vraie forteresse naturelle puisqu’il
est entouré de hauts-fonds qui ne dépassent guère les 2m de profondeur et qui rendent son accès
périlleux. Cet atout appréciable a valu aux Kerkennah la convoitise de plusieurs conquéreurs. Des
phéniciens aux romains, des arabes aux normands, ils y ont installé un avant poste pour le
commerce et la maîtrise des mers.

Les fouilles archéologiques du site de BORJ EL HSAR ont montré l’importance des îles
comme comptoir d’échange dès le premier siècle avant JC puisqu’elles ont révélé des citernes de
conservation de blé et de salaison de sardines. Tite Live raconte le passage d’Hannibal sur
Cercinae (nom romain de l’île) dans sa fuite des Romains. Bouguiba fut aussi sauvé et exilé vers
l’Egypte depuis les côtes Kerkeniennes à bord d’un Loud.

Aujourd’hui, le seul moyen pour accéder à l’archipel est le ferry.

« C'est ainsi qu'il quitta l'Afrique, déplorant le sort de sa patrie plus encore que le sien. Le
même jour il passa dans l'île de Cercina; dans le port étaient réunis plusieurs navires marchands
avec leurs cargaisons. Lorsqu'il prit terre, on accourut en foule au‐devant de lui pour le saluer; on
le pressa de questions: il fit répondre qu'il était envoyé en ambassade à Tyr. Mais, craignant
qu'un de ces navires ne levât l'ancre pendant la nuit, et n'allât porter à Thapsus ou à Acylla la
nouvelle de son débarquement à Cercina, il fit préparer un sacrifice, y invita les commandants
des navires et les marchands de leur équipage, et leur emprunta les voiles et les antennes, afin
de dresser sur le rivage un pavillon pour les convives; car on était alors au milieu de l'été. Le
repas fut préparé et servi avec tout le luxe que permettaient les circonstances et le moment; on y
but beaucoup, et la fête se prolongea bien avant dans la nuit. Dès qu'Hannibal trouva l'occasion
d'échapper à ceux qui étaient dans le port, il mit à la voile. Ses convives, plongés dans le
sommeil, ne s'éveillèrent que le lendemain, et fort tard, encore tout appesantis par les vapeurs
du vin. Il leur fallut quelques heures pour préparer les rames et remettre en place les agrès. »
Tite-Live, Ab Urbe Condita

Kerkennah-Loud-By-Salah-ben-amorVoici une silhouette qu’on ne croise plus sur les côtes de l’archipel depuis les années 30 et 40.

Le Loud était remplacé par les felouques plus maniables.  Photo Salah BEN AMOR.

La Felouque ou le génie de l’adaptation.

Ces bateaux, à voile latine, typiques des îles et ses environs naviguent et participent
aujourd’hui encore à l’effort de pêche avec plus de 620 felouques contre 270 bateaux à moteurs
recensés sur les deux principaux ports de pêche contemporains : El Attaya et Kraten. Cette
proportion inédite ailleurs est bien compréhensible si on considère le degré d’adaptation des
felouques aux fonds avoisinants. Bateau à fond plat et bas sur l’eau, tirant de 20 à 45 cm d’eau et
pouvant échouer tant sur le sable que sur la vase, la felouque est le bateau idéal pour la pêche.
Les matériaux de construction disponibles sur l’ile n’offrent qu’un pauvre panel aux
charpentiers pour la construction des bateaux. Ainsi le bois d’olivier des membrures était
acheminé depuis Sfax au large des Kerkennah, l’eucalyptus est choisi pour la quille et le pin pour
le bardage. Les voiles en coton d’Egypte étaient bordées de cordes en sparte local.
Avec un très fort coefficient de marnage, les felouques doivent être suffisamment rapides
pour faire l’aller-retour vers les lieux de pêche sans être rattrapées par la marée basse.

Kerkenn-By-Karim-Ben-Amor

Photo Karim Ben Amor

La pêche, des techniques ancestrales.

C’est certainement la Charfia (pêcherie fixe), une technique séculaire, qui représente le
plus la particularité des méthodes de pêche aux Kerkennah. Des lignes de palmes de palmiers
provenant de l’île ou d’ailleurs sont plantées, perpendiculairement au jusant, pour orienter le
poisson vers la chambre des nasses où il est piégé mais reste en vie jusqu'à la cueillette des
nasses. Le poisson ainsi recueilli est de première qualité puisqu’il n’a pas été stressé.
La pêche aux poulpes est aussi indissociable de la vie des Kerkenniens qui à l’automne
s’adonnent à cette pratique. Les gargoulettes en terre cuite qui dérivent des creusets romains en
pierre, sont plongées au fond des plateaux de posidonies et repêchées le lendemain piégeant les
poulpes qui y trouvent refuge. Le poulpe est ensuite battu puis séché au soleil pour être
consommé tout le long de l’année.
La pêche des éponges fut aussi, jusqu’aux années 40, une source importante de revenu pour l’île.
L’industrie pétrochimique avec l’invention de la mousse a marqué le déclin de cette activité.
L’exploitation des sites autour de l’île par les maltais, sardes et siciliens à provoqué des épisodes
de querelles et même batailles entre les intéressés.

KerkennahBy-Salah-ben-amor

Photo Salah BEN AMOR.

Un foyer, un bateau.

L’agriculture, assez maigre vu la rareté des terres et une pluviométrie des plus faibles ne
peut subvenir aux besoins des hommes qui ont su profiter d’un plateau poissonneux.
Lorsque l’archipel a cessé d’être un comptoir de commerce, l’activité de la pêche s’est
imposée comme alternative pour la survie. Dès le 17ème siècle, chaque famille, (la famille
agrandie autour du grand-père) comptait sur les revenus de la vente de poisson, poulpe et éponges
sur les marchés de Sfax. Le bateau de pêche est indissociable de cette activité et on associe
l’honneur d’un homme à la valeur de son bateau. Chaque Loud ou felouque est désigné en
rapport avec le nom de famille beaucoup plus qu’avec le nom de baptême.
Aujourd’hui la mer est le premier employeur de l’île. Sur les deux principaux ports de
l’île ELATAYA et KRATEN tout deux au nord de l’île se concentre le plus gros de l’activité.

KerkennahByLeila-Ayoub

Photo Leila Ayoub

La construction navale, l’expression d’une identité.
La succession des civilisations diverses ne pouvait pas ne pas laisser d’empreintes dans
l’architecture navale vernaculaire. L’exemple le plus significatif est celui des felouques qui on été
construites par les familles de charpentiers Coptes d’Egypte venus s’installer sur l’ile au 7ème
siècle. Les similitudes (gréement, carène, pont et charpente) entre ces bateaux et les felouques du
Nil sont frappantes ainsi que le lexique s’y rattachant. Les carènes plus anciennes comme le
Cârèbe sont affiliées aux bateaux antiques. Plusieurs chantiers de l’île perpétuent encore cette
tradition de charpenterie navale.
Les bateaux de Kerkennah découlent d’un savoir-faire influencé par d’autres civilisations
du bassin méditerranéen. L’évolution a certes modifié au fil des siècles l’aspect et l’usage de ces
bateaux. Une chose reste cependant

farhat-hachedLa mer c’est aussi les salines et c’est à Kerkennah que dans une exploitation de sel qu’est né le premier mouvement ouvrier del’Afrique. Farhat HACHED, originaire de Kerkennah a fondé la première centrale syndicale de Tunisie en 1946.

L’Homme et la mer.
Les Kerkenniens vivent au rythme de la mer. Déjà bébés ils étaient bercés dans une
carapace de torture de mer. Un tentacule de poulpe séché leur servait à se frotter les gencives lors
des poussées dentaires. La fabrication de maquettes de felouques à base d’écorce de palmier
(kernef) était le passe-temps favori des enfants de Kerkennah. Avec ces felouques en miniature,
ils s’amusaient à organiser des courses en mer.
Dans les villages côtiers, notamment à Ouled Yaneg et Ouled Kacem, la mer est présente
jusque dans les fêtes de mariage à travers la cérémonie de la koffa. Les felouques du village sont
ornées des plus beaux foulards et emmènent le marié, les musiciens et les habitants du village
faire une balade en mer. Après une baignade collective, le retour vers la côte est entamé. A michemin,
le marié est jeté à la mer et doit rejoindre ses compagnons à la nage. Les origines de
cette tradition, qui n’est autre qu’un hommage à la mer, ne sont pas bien connues. On lui trouve
des traditions similaires dans d'autres régions méditerranéennes. A Camogli et Pescara en Italie
ainsi qu’à Chiffalo en Algérie on perpétue une procession en mer aux mois d'août et de septembre
en l'honneur des saints protecteurs des pêcheurs.

Le patrimoine maritime, un potentiel à préserver.
Très peu de personnes encore vivantes peuvent témoigner de l’époque où naviguaient les
Louds et les Cârèbes sur les côtes de kerkennah. Très peu encore sont capables de retrouver les
gestes qui accompagnent cette navigation si particulière. Le patrimoine matériel et immatériel est
en péril. Le préserver et le promouvoir est une priorité pour les îles qui, dans un contexte de
globalisation, se cherchent une identité. Tout n’est pas cependant perdu, la présence très
importante de voiliers en activité sur l’île reste un potentiel à préserver. Beaucoup de jeunes
insulaires s’identifient dans ce legs culturel. Or, reléguer ce patrimoine à un matériel de musée
n’est certes pas la solution, Il nous faut faire revivre ces métiers de la mer en déperdition.