In order to view this object you need Flash Player 9+ support!

Get Adobe Flash player
Joomla! Slideshow
Home TAGPress Tunisie La Maison Tunisienne de l’Image

La Maison Tunisienne de l’Image

 

maison-de-l-imagePour les photographes tunisiens, la photographie a tout d’abord été un outil utilitaire dans le mouvement de libération. Puis dans l’édification de l’état indépendant, elle s’exprimait dans la presse. Ces aspects militants et informatifs ont commencé à laisser une place à des expressions plus personnelles au même moment où le régime de Bourguiba commençait à se transformer en dictature sanglante. La photographie s’est donc trouvée confrontée en tant que média à l’absence de liberté de presse, de la concentration des principaux médias aux mains du pouvoir et de la censure de l’information (textuelle ou visuelle). Censure accompagnée bien entendu de modalités et de pratiques propagandistes agressives et généralisées.

En tant qu’art, elle a souffert comme les autres arts de deux importants facteurs : la mainmise du pouvoir politique à travers les institutions de l’état et l’embourgeoisement des artistes issus pendant des décennies des classes les plus favorisés de la société. La politique culturelle volontariste de Bourguiba se transformant à partir des années 60 en politique autoritariste a créé une grande dépendance institutionnelle et financière (donc par conséquent éthique et esthétique) des arts vis-à-vis du Ministère de la Culture.

Les années 80 ont amené deux changements : la privatisation et le coup d’état de 87 qui a remplacé Bourguiba par Ben Ali. Ces deux changements ont accentué encore plus la crise des arts. La privatisation par un effet paradoxal mais naturel a accentué la dépendance financière vis-à-vis du Ministère de la Culture étant donné qu’aucune législation n’a accompagné cette privatisation pour diversifier et multiplier les sources de financements. La politique dictatoriale du régime de Ben Ali a de plus sapé systématiquement et méthodiquement l’éducation, la culture, le savoir, l’art et la presse au profit de l’édification d’une société consumériste, népotiste et corrompue.

La tradition journalistique et l’élan artistique de la photographie en Tunisie ont donc commencé à péricliter depuis les années 70 malgré des tentatives disparates de les réanimer. Puis trois importants paramètres sont venus changer quelque peu la donne : l’avènement du numérique et d’Internet, l’expansion de la photographie dans le domaine de la publicité et du marketing et enfin la révolution. Trois événements d’ordre différents (technologique, économique et sociopolitique) mais qui ont concouru chacun de manière particulière à créer une évolution exponentielle (du moins quantitativement) du paysage photographique tunisien pendant les 10 dernières années : un nombre considérable de photographes (qu’ils soient artistes utilisant la photographie dans leur pratique, photoreporters, amateurs…), un nombre croissant de commandes et d’opportunités d’emploi dans certains secteurs en particulier (la pub, la mode et plus récemment la presse…), de plus en plus d’expositions, de manifestations et d’événements, etc.

Cette émulation nouvelle trouve sa cristallisation dans un projet fou porté par Wassim Ghozlani ainsi que sa collaboratrice et compagne Olfa Feki : la Maison de l’Image (dont le lancement est prévu à l’automne 2013). Ce lieu sera « dédié à la formation et à la diffusion de la culture de la photographie et de l'image. Sa vocation est de mettre en valeur et de soutenir la création photographique de l’espace méditerranéen à travers une démarche de formation, de communication et d’échanges artistiques et professionnels. Situé à Tunis, ville-carrefour ouverte sur la Méditerranée, elle se donne pour mission de sensibiliser un public le plus vaste possible aux métiers de la photographie et de l'image, de donner des outils aux jeunes artistes, de former des professionnels, tout en créant une dynamique culturelle de niveau international qui va bénéficier à la ville et à la région. » Le lieu sera divisé en différents espaces : salle d’exposition, studio, auditorium, librairie, résidence d’artistes, etc.

La Maison de l’Image va naître dans un contexte institutionnel marqué par une politique concertée à travers le Ministère de la Culture de destruction méthodique des secteurs culturels et artistiques. En plus de la frange la plus réactionnaire de la société, en plus de la police et de la justice, le Ministère de la Culture lui-même s’attaque aux artistes et aux opérateurs culturels. Le régime de Ben Ali avait instauré un étouffement sournois de la création et de la pensée à travers la censure, un système de collaboration avec certaines personnalités affiliées au régime et la monopolisation du financement créant une autocensure pernicieuse.

Le gouvernement dirigé par Al Nahdha pratique pour sa part la confrontation franche et directe, la violence des rapports et la destruction radicale, tout en pérennisant la corruption déjà en place. A la suite de l’attaque du Printemps des Arts Fair, la destruction d’œuvres, les menaces de morts et les intimidations contre les artistes, plusieurs ministres dont celui de la Culture, au cours d’une conférences de presse, sont coupables de mensonges et de manipulation avérées vis-à-vis de l’opinion publique (ils présentent des œuvres qui ne font pas partie de la foire et donnent des descriptions erronées d’autres œuvres). Ils enveniment consciemment l’opinion publique contre les créateurs et sont responsables des violences qui ont suivi. Plus récemment, le directeur du Centre des Musiques Arabes et Méditerranéennes a exposé, preuves et documents à l’appui, des pratiques autoritaires, des cas de mauvaise gestion et des cas de corruption de la part du Ministre lui-même. Et les exemples sont encore nombreux…

En outre, la situation sociale, économique et politique n’est pas favorable. Ce qui rend la tâche des instigateurs du projet plus ardue. Ce qui rend surtout l’existence de la Maison de l’Image plus urgente. Que l’intention soit un espace qui englobe pratiquement toutes les activités autour de la photographie, l’ambition est louable. Mais peut-être dans un contexte comme celui-ci, la meilleur stratégie est d’avancer par étapes, de créer au sein de cette structure des mécanismes de gestion, de développement et de création novateurs. L’existence même de ce lieu serait une victoire. Encore faut-il qu’il soit conscient de la part de libertés qu’il peut contenir. Libertés artistiques mais pas seulement : libertés aussi de penser et de pratiquer de nouvelles façons de créer et de gérer des espaces d’arts dans un espace et un temps avec lesquels il faudra lutter, dans un ici et maintenant qu’il faudra impérativement transcender.   

Quant au contexte photographique, il est dominé par la photographie « utilitaire » : journalistique, publicitaire… Les nouveaux photographes tunisiens eux-mêmes, à quelques très rares exceptions prés, de part leurs travaux et leurs déclarations, insistent non pas sur la pratique de la photographie comme expression artistique mais sur son utilisation comme  moyen de réappropriation de discours sociaux, politiques et médiatiques confisqués durant des décennies. Une photographie qui ne montre pas, mais qui dit et bavarde. Le traitement photographique de la révolution est à ce titre symptomatique et atteint pour l’heure un point paroxystique de l’utilitarisme exacerbé dont les photographes tunisiens (sur)chargent leur pratique. Il ne s’agit pas de montrer la révolution ni encore moins de faire résonner la révolution avec le regard du photographe ou d’avoir une distance critique, mais il s’agit de dire la révolution, de la raconter comme on raconterait un mythe qui se construit au jour le jour devant nos yeux et auquel le photographe, comme le politicien ou le communicant, nous assène de croire.

La photographie plasticienne, telle que définie par Dominique Baqué, n’a que très peu droit de cité dans le paysage photographique tunisien, même dans les espaces d’arts. Peut-être par tradition. Certainement par réaction à la chape de plomb politique qui a partiellement (mais pas totalement) explosée après la révolution en une « parole libérée » qui a investit les arts visuels de façon convulsive de façon à les transformer en arts illustratifs. Rares sont ceux qui considèrent la photographie en tant qu’art à part entière et non pas uniquement en tant que média comme un autre. En tant que pratique minoritaire, la Maison de l’Image aura vocation à soutenir prioritairement cette photographie libérée de tout impératif didactique ou commercial, par conséquent, de toute dérive propagandiste ou instrumentalisation.

Mis à part le défi financier important auquel la Maison de l’Image devra certainement faire face en temps de crise et de désengagement de la part des secteurs publics et privés en Tunisie, l’autre défi central est un défi esthétique et artistique. L’espace en lui-même ne pourra avoir un impact profond et durable que s’il participe à l’émergence de formes et d’expressions nouvelles et singulières en photographie. Dans « Maison de l’Image », ce qui importe le plus ce n’est pas « maison » mais « image ». Le photojournalisme, le photoreportage, la photographie publicitaire et la photographie de mode s’expriment dans plusieurs espaces et ont leurs logiques commerciales et économiques propres. Or, ce n’est pas le cas de la photographie plasticienne qui n’existe pratiquement pas en Tunisie. La responsabilité historique de la Maison de l’Image pourrait donc être résumée dans l’articulation entre la création, la diffusion, la réflexion et la pérennisation de nouvelles formes de photographies.

Une version courte et en anglais du texte a été initialement publié par Nafas Art Magazine avec une galerie photo du projet Views Of Tunisia qui fera l'ouverture de la maison de l'Image à l'automne 2013 : Cautiously Optimistic: The Upcoming Opening of La Maison de l'Image in Tunis

Ismaël, 17 septembre 2013

Ismaël est artiste, video & film experimental, écrivain, cyber-activiste et blogger, vit à Tunis, Tunisie

Maison de l’Image (FB Page)

maison-de-l-image

© LINES Architectes

 

tagalerie-accueil

 

tagoeil

catalogue-salon-artistes-tunisiens

Kritik-d-Art


 

Facebook Fan Page TAG-TunisiArtGallerieskom-koilogo-yaka