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CRÉER UNE PHOTOGRAPHIE À L'IMAGE DU CONTINENT"

 

FatoumataEntretien avec Selim Harbi Mohamed et Loutsono Désiré Kinzenguelé, avec la complicité de Fatoumata Diabaté et Jumoke Sanwo. Propos recueillis par Marian Nur Goni

À l'invitation du collectif Génération Elili, les représentants de huit structures photographiques africaines se sont réunis en atelier à Brazzaville du 1er au 7 décembre 2013 afin d'envisager des collaborations plus étroites et en phase avec les transformations des sociétés dont ils sont issus.
Retour d'expérience et entretien avec Selim Harbi Mohamed (collectif Afreekyama, Afrique du Nord) et Loutsono Désiré Kinzenguelé (collectif Génération Elili, Rép. du Congo), avec la complicité de Fatoumata Diabaté (collectif Jaabuguso, Mali) et Jumoke Sanwo (projet "Invisible Borders", Nigeria).

Quels étaient les objectifs de cet atelier ?

Sélim Harbi : Pour mettre en place un réseau solide, il fallait en premier lieu pouvoir se connaître personnellement, savoir qui fait quoi et comment… Ceci pour mieux cerner le futur et voir comment on peut collaborer et s'organiser ensemble pour créer une mobilité et davantage d'événements - des rencontres, des journées de travail en commun, des festivals - sur le continent africain par rapport à la photographie.

Loutsono Désiré Kinzenguelé : L'objectif de notre collectif était de réunir les collectifs de la région dans le but de promouvoir les arts visuels. Les idées ont fusé et c'est pour cela que nous avons décidé de répartir le travail en deux volets, à savoir : la théorie et la pratique. Au sujet du premier point, nous avons eu des débats francs quant à la structuration d'un collectif, ce qui était en fait le thème conducteur de l'atelier ; quant à la pratique, les participants ont travaillé sur des questions purement techniques et les moyens d'acquérir une dynamique professionnelle. Cela pouvait aller de la manière de se documenter pour un projet à celle de le présenter selon le type de structure à laquelle on s'adresse ou encore les dispositions à prendre lors d'un reportage dans des zones de conflit.

Fatoumata Diabaté : Je pense que le but de cet atelier était de se prendre en charge, de ne pas attendre que d'autres fassent le travail à notre place : voir comment chaque collectif fonctionne, pour essayer de travailler ensemble. Le collectif Elili, par exemple, est très soudé, organise fréquemment des réunions, a désormais un lieu propre pour exposer et débattre. Les membres du collectif Afreekyama travaillent en revanche plutôt à distance. Enfin, les membres d'Invisible Borders organisent des projets annuels au long cours qui intègrent à chaque fois des nouveaux contributeurs. Ainsi, au fil des présentations, on pouvait se rendre compte qu'il n'y pas de modèle unique. De plus, les contextes sont différents d'une ville à l'autre, d'un pays à l'autre, sans compter que c'est souvent difficile de travailler en groupe parce les avis divergent… Même si nous n'avions pas le même niveau d'expérience - notre collectif Jaabuguso à Bamako est tout jeune, nous en sommes à la préparation des statuts - la connaissance des parcours et des projets des uns et des autres a pu profiter à l'ensemble du groupe pour avoir une idée plus précise de ce qui est en train de se faire aujourd'hui à cet égard. Depuis la tenue de l'atelier, par exemple, un groupe a été créé sur Facebook afin d'échanger les informations qui peuvent être utiles, à la fois pour chaque collectif, mais aussi pour ceux d'entre nous qui pourraient répondre individuellement à des appels à candidatures ou prendre part à des projets de différente nature. Pour conclure, il est temps qu'on se rende compte que ce n'est qu'à nous qu'appartient ce continent appelé Afrique.

Qui a pris part à l'atelier et selon quels critères les collectifs ont-ils été sélectionnés ?

Loutsono Désiré Kinzenguelé : Nous avons accueilli les représentants de huit structures aux statuts différents. Ont répondu présents : Selim Harbi Mohamed (Afreekyama, Tunisie (1), Princesse Gbogbonou (Bénin Collectif), Rodrigue Molenguela (Godephoc : Groupement pour le développement de la photographie en Centrafrique), Aimay Menoba (collectif Kamera, Cameroun), Joseph Moura et Justin Makangara (Tokanga Photo, RDC), Fatoumata Diabaté (collectif Jaabuguso, Mali), Jumoke Sanwo (Invisible Borders, Nigeria (2) et enfin, Desirey Minkoh (Afrikimages Agency, Gabon (3).

Quant à nous, Génération Elili de Brazzaville (4), Baudouin Mouanda, David Daouda Ndoungani, Bodard Bassouamina, Anselme Bassinika, Patrick Mbiou Ngatsele et Romaric Bakoua et moi-même avons pris part aux travaux. En amont de l'atelier, Génération Elili a lancé un appel à candidatures (5), les demandes ont été nombreuses, si bien que, faute de finances, il a fallu opérer une sélection.

Vu que l'appel était ouvert à toute association, certaines d'entre elles, très jeunes, ont réagi très positivement : il nous fallait prendre en compte cela mais aussi reconnaître les capacités de certaines structures plus solidement développées - telle l'agence Afrikimages, par exemple - à la résolution de situations plus complexes. Nous avons donc statué entre ces différents points.

Sélim Harbi : Notre collectif va au-delà de la Tunisie parce que nous sommes, disons, des Maghrébins panafricanistes !

D'un contexte à l'autre, quels défis ou expériences communes et quelles différences ont émergé dans les débats ?

Sélim Harbi : Le plus grand défi, aujourd'hui, c'est de construire une narration commune, de réinterpréter les réalités du continent vues par nous-mêmes, par des photographes africains vivant ces réalités au quotidien car je suis sûr que le point de vue est totalement différent [de ceux qui ne font qu'y passer]. Il y a donc nécessité de créer une photographie qui soit à l'image de ce qui se passe véritablement sur le continent, et ce sur tous les plans : social, culturel, politique et économique. Pour cela, il faut passer des "sujets d'autrui" à ceux dont nous sommes les auteurs et narrateurs en propre. Avoir une visibilité ou encore que la photographie ait une place véritable en Afrique, capable de refléter un continent qui bouge énormément, sont autant d'autres enjeux majeurs pour l'avenir. Je crois qu'on en est là et tout le monde était bien d'accord sur ces différents aspects.

Loutsono Désiré Kinzenguelé : Les expériences partagées ont permis de comprendre la nécessité de coordonner nos efforts, en tenant compte des problèmes particuliers de chaque pays, même s'il a été remarqué que ceux-ci sont quasiment les mêmes partout… Prenons l'exemple de l'absence de législations spécifiques et le manque conséquent de respect et de considération pour la profession de photographe, sans oublier les difficultés dans la pratique de la photographie dans certains territoires. Difficultés qui peuvent aller jusqu'à l'agression ou à l'intimidation de la part des forces de sécurité ou de tiers à l'endroit des photographes lors de l'exercice de leur profession.

Jumoke Sanwo* : Il a été plutôt intéressant de constater les similarités entre nos différents contextes, au-delà de leur emplacement géographique, que ce soit dans le choix des sujets (centrés notamment sur la vie urbaine et les modes de vie), la difficulté à ce que la photographie soit reconnue sur le continent comme un art à part entière, la question du financement de nos projets, l'accès, aussi en termes de coût, au matériel mais aussi à la diversité des pratiques photographiques ou, encore, l'incapacité à vendre nos images de manière équitable et à en tirer profit… À côté de cela, il était pertinent de noter également que la détermination à raconter nos propres réalités en tant qu'Africain-e-s était transversale à tous les collectifs.

Sélim Harbi : Aussi "étrange" que cela puisse peut-être paraître, il n'y avait pas beaucoup de différences d'un espace à l'autre : peut-être des différences dans les styles, dans les sujets mais, à ma plus grande satisfaction, pas dans la vision et évaluation globales. On était bien dans le même état d'esprit.

Concrètement, comment l'atelier s'est-il déroulé ?

Sélim Harbi : Une belle chimie s'est développée entre nous, ce qui a permis une véritable interactivité entre les collectifs. En plus des séances de discussion, chaque photographe avait carte blanche pour photographier un sujet, en deux/trois jours, sur Brazzaville. Desirey Minkoh, photographe à l'AFP qui a une longue expérience sur le terrain et dans les zones de conflit, a donné une très bonne présentation au sujet du reportage. Quant à moi, j'ai partagé mon expérience, puisque j'ai travaillé en Inde, au Liban, sur des sujets très personnels. Aussi, le programme prévoyait des projections nocturnes de portfolios suivies de discussions où nous avons débattu de leurs approches, formes et contenus, ainsi que des projections de films, comme "War Reporter", ouvertes au public. Enfin, la fin de l'atelier a été centrée sur le montage de l'exposition de ce qui avait été produit durant cette semaine de travail (6).

Quelles résolutions finales ont-elles été prises ?

Loutsono Désiré Kinzenguelé : Un comité de suivi a été mis en place pour que ce projet puisse continuer de se développer. Les deux prochaines éditions devraient se tenir au Gabon puis en Tunisie. Aussi, il a été reconnu nécessaire de nous coordonner, d'harmoniser nos vues face à nos difficultés, de continuer de partager nos expériences :par exemple, pour rechercher des partenaires pouvant nous aider à trouver des textes juridiques et législatifs réglementant la profession dans les pays où ceux-ci n'existent pas. Aussi, quant à l'aspect de promotion de la photographie dans nos pays, nous voulons mettre l'accent sur la formation dans les lycées et collèges de nos villes mais aussi via la création de clubs photo et l'organisation de manifestations photographiques (expositions, concours, festivals etc.). Enfin, sur le long terme, nous voudrions réaliser des "projets communautaires", par zone géographique, à l'image de ce que fait le collectif nigérian Invisible Borders.

Sélim Harbi : Brazzaville a représenté une première expérience extraordinaire mais nous allons essayer de perfectionner le concept de cet atelier pour voir comment on peut trouver des thématiques, faire partager cela à plus de monde, le rendre plus mobile, trouver de nouveaux partenaires qui puissent l'appuyer davantage sur le plan financier… Entre-temps, l'exposition produite va être exposée bientôt à Tunis. Nous nous sommes mis d'accord pour que cet atelier devienne un rendez-vous annuel afin de permettre à la photographie de jouer un rôle dans l'éveil réel des consciences sur le continent, loin des discours politiques et des sentiers battus. Il faut pour cela qu'on puisse voir l'évolution de chaque collectif et de chaque photographe et, surtout, que l'on puisse voir des travaux forts, riches, profonds, qui ne soient pas juste de l'illustration, qu'on sorte des stéréotypes et qu'on passe à l'Afrique photographique dans le vrai sens du terme : j'entends par là que l'on transcende véritablement les frontières pour créer des narrations communes. La place de la photographie dans nos sociétés doit évoluer et nous voulons aller dans ce sens. Pour cela nous devons nous connaître et échanger davantage et créer un réseau indépendant à travers nos collectifs respectifs. Engager des projets ensemble sur des sujets et des thématiques fédératrices représentera un pas ultérieur.

Quelles synergies possibles entre les collectifs et l'agence Afrikimages ?

Loutsono Désiré Kinzenguelé : A court et à moyen terme, une exposition d'un membre de Génération Elili devrait se tenir à Libreville, ainsi qu'un stage de Princesse Gbogbonou, photographe béninoise, dans cette agence. Aussi, autre exemple, Desirey Minkoh et Baudouin Mouanda ont décidé de revenir sur un projet commun, élaboré il y a quelques années.

Sélim Harbi : La formule d'Afrikimages, qui est à la base une banque d'images de presse, devrait se modifier un peu, dans le sens notamment de la présentation de portfolios et de travaux personnels de différents photographes… Néanmoins, je pense qu'avant toute chose, le Gabon se prépare pour être un rendez-vous important de la photographie avec la tenue du deuxième atelier.

Fatoumata Diabaté : Desirey Minkoh nous a d'ores et déjà invité-e-s à partager régulièrement nos travaux sur le site de l'agence et quelques-unes de mes images y figurent déjà.

Comment tout cela a-t-il été financé ?

Loutsono Désiré Kinzenguelé : Nous avons eu les soutiens de l'Institut français en collaboration avec l'Institut français du Congo. Aussi, l'agence Afrikimages nous a prêté main forte, sans oublier l'autofinancement du collectif Génération Elili.

Fatoumata

Atelier des collectifs - Brazzaville 2013. Portrait by Selim Harbi

www.africultures.com

Quelques-unes des images produites lors de cet atelier sont visibles dans le site de l'Agence Afrikimages 

Les propos de Jumoke ont été traduits de l'anglais, à la suite de deux échanges, les 7 et 11 février derniers. (See more)

www.afrikimage.com

 

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