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Home La Soukra - L'Ariana "Infiniment Carré" | 19 Avril > 10 Mai | Exposition individuelle de l'artiste MYLENE PEYRETON, B'Chira Art Center, Sidi Thabet

"Infiniment Carré" | 19 Avril > 10 Mai | Exposition individuelle de l'artiste MYLENE PEYRETON, B'Chira Art Center, Sidi Thabet

Mylene-Peyreton-evntExposition "Infiniment carré" de Mylène Peyreton au BAC Art Center

B'Chira Art Center a le plaisir de vous inviter à la première exposition individuelle de l'artiste MYLENE PEYRETON en Tunisie qui a pour titre:

"Infiniment Carré".

Samedi 19 Avril 2014, 17h00

Extraits (Brigitte Olivier, Historienne d’art) :

"Depuis quelques années Mylène Peyreton a cessé d’être exclusivement dans l’usage qui était le sien et est sortie d’une identité assignée – mais choisie et assumée – de sculpteur et de modeleuse pour prendre un autre cours, bifurquer et s’ouvrir à de nouvelles pratiques artistiques inscrites entre conjonction d’héritages et surgissements en nouveautés.

Si l’univers plastique de cette femme, qui a toujours fréquenté, encouragé et entouré nombre d’artistes attachés aux disciplines les plus variées, avait croisé épisodiquement d’autres champs d’intervention – expérimentations de recherches autour du papier, du carton plume et du carton ondulé ou du tressage de matières – il restait porté et étreint par le travail de la terre dans un engagement qui s’était sédimenté autour de la fondation du Centre Argile d’Autrey-les-Gray ouvert sur la création, l’enseignement et la diffusion. Mylène Peyreton n’avait pas d’abord pensé à agréger ces expériences isolées des années 1980 et 2001 dans de nouveaux véhicules visuels et n’avait pas davantage saisit le risque – ou la chance – de mettre son activité de sculpteur dans la gestuelle d’une autre pratique culturelle liant peinture, tressages, découpages et collages. De son itinéraire toujours conjugué au présent de sculpteur, elle a gardé le goût du carreau qu’elle a – premier continuum – métissé et métamorphosé en carré(s), partenaire plastique riche de novations et maître-étalon auquel elle s’affronte en permanence. Brouillage et subversion des genres et des mots, elle ressemble et dissemble à elle-même dans cette voie et cette exploration et son œuvre nous apparaissent comme une figure réinventée et une nouvelle forme de définition de soi en déprise avec une identité labellisée.

Car Mylène Peyreton ne se revendique pas et ne s’autorise pas à se définir en tant que peintre ; elle vit depuis 2010 dans une instabilité d’échelles de pratiques – peinture, collage, tressage (Marée noire, triptyque, 2010 présenté dans l’exposition temporaire Peindre le rivage) et sculpture – et dans une recherche concomitante d’unité. Sa peinture se dérobe et se refuse au pinceau qui tient l’identité du peintre depuis la Renaissance et lui préfère les spatules de plâtrier, le transfert, l’empreinte, le découpage, le collage, le tressage et le marouflage. L’idée inscrite dans le geste premier et inaugural, le goût pour la répétition, la rapidité, la trace et l’empreinte, la recherche d’une dimension sérielle épousent chez elle les possibilités texturelles et techniques de l’acrylique, de la gouache, de la colle, du papier, de la bâche … qui rendent possible des gestes précis et entiers, les superpositions, les reliefs, les usages inattendus, le petit comme le très grand format… Elle entend toujours laisser une part de liberté, de consentement et de co-construction à la matière elle-même, partenaire et compagnon inspirés, ainsi qu’elle la recherchait déjà dans le travail de la terre ou du raku..."

Mylene-Peyreton

B'Chira Art Center
FBEvent

Vous avez dit carré ?

En examinant les cubes en terre crue de Mylène Peyreton, on serait tenté de penser que les faces carrées figurent les quatre éléments : la terre, l’eau, l’air et le feu. Quatre symboles cristallisés par l’essence même de la céramique. Mais le travail de Mylène va bien au-delà de cette simple évocation, un peu terre à terre.
    Sa réflexion sur le carré et toutes les séries qu’elle a entreprises s’enracine profondément dans la tradition ancestrale qui anime tous les artistes, et les architectes, depuis la nuit des temps. Cette forme parfaite dont la progression mathématique devient « magique » a présidé à la construction des plus grands édifices, à la réalisation d’œuvres picturales les plus saisissantes. La modénature que l’antiquité grecque utilise dans l’édification de ses temples, les tracés régulateurs que Villard de Honnecourt griffonne sur des carnets de croquis pour la construction des cathédrales s’inspirent de cette formule géométrique aux multiples applications et aux progressions rigoureuses.
    La célèbre « Melencolia » gravée par Albrecht Dürer en 1514 représente l’exemple le plus abouti : le carré détermine la composition de l’œuvre tout entière, souligne toutes les lignes de force et codifie la lecture. Plus près de nous, le tracé du décor de la porte monumentale que réalise Le Corbusier à la chapelle de Ronchamp s’inspire directement du retable de Boulbon (xvie s.) bâti sur un double carré.
    Au-delà de cette pensée qui la nourrit et l’ensemence, elle bâtit sa voûte céleste comme une coupole qu’elle élève sur les piliers du carré. Cet ésotérisme qu’elle dissimule derrière la complexité de la matière lui convient bien, mais il ne faudrait pas qu’il oblitère les qualités plastiques et architecturales que son œuvre dégage.
    Tout est juste dans ses cubes de terre qu’elle a pétris, tapés, séchés pendant de très longues heures. Des cubes – six carrés – qui s’assemblent, s’accumulent, se disposent, s’alignent dans un espace architectural parce qu’elle raisonne en architecte, pense en architecte, bâtit en architecte.
    Alors que les volumes s’organisent, s’urbanisent, que les plans se singularisent et se régularisent, le carré impose sa rigueur et trace ses infinies combinaisons, ses multiples séries dans un certain ordre annoncé. Mylène Peyreton rejoint les artistes tourmentés par le mystère du carré. Tout son art s’enracine sur sa fascinante présence.
    Une fois de plus son travail nous renvoie à notre propre existence en poussant la recherche au-delà du dicible. Il représente toujours un événement plastique inattendu et apprécié.

Christophe Cousin
Conservateur honoraire  des musées de Belfort