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Home Histoire de l'Art & de l'Artiste Scènes picturales de la fin du XIXème siècle aux années 1960 Hasna Touati (Université de Tunis I)

Scènes picturales de la fin du XIXème siècle aux années 1960 Hasna Touati (Université de Tunis I)


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Il est du devoir du chercheur tunisien de retracer le cheminement qu’a parcouru cette pratique artistique, « surtout qu’en France, par exemple, aucun musée, aucun institut de recherche, aucune bibliothèque ne sont consacrés à l’histoire des arts plastiques des pays du Maghreb pour la période de l’art moderne de 1860 à 1960. L’institut du monde arabe ne prend en compte que la peinture contemporaine »*. Il est donc de notre devoir d’écrire l’histoire de la peinture tunisienne étant donné son importance en tant qu’un système visuel, comparée à la sculpture par exemple, et son rôle dans le mouvement civilisationnel de la Tunisie du XXe siècle.

*Abeasis P., « Le Salon tunisien, espace d’interaction entre des générations de peintres tunisiens et français », In Actes du colloque : les relations tuniso-française au miroir des élites, publications de la faculté des lettres de Manouba, 1997, pp. 229-254

Il est important de rappeler que la Tunisie possède un héritage artistique considérable. Certaines pratiques, comme la peinture sous-verre, la céramique et la tapisserie, remontent à plusieurs siècles. Pour sa part, la peinture était considérée depuis longtemps comme un art étranger à la culture musulmane, la pratique était perçue par la communauté. Comme une atteinte à la religion. Pendant longtemps, elle fut un tabou. Pourtant il n’existe « aucune interdiction dans le Coran concernant les images, peintures ou statues d’êtres vivants. La seule interdiction est attribuée à la tradition »*

*Papadoupolos A., L’islam et l’art musulman, Ed Mazeno, Paris, 1976, p48

Le développement de cette forme d’expression artistique en Tunisie, est né, durant notre siècle, dans un contexte dominé par le foisonnement des cultures, en l’occurrence, arabe, juive et européenne, c’est le brassage de leurs aspects dissemblables qui entremêla différentes sensibilités et tendances.

La Tunisie dans ce qu’elle a de méditerranéen et de maghrébin fut depuis le XIXe siècle un foyer nourricier à l’égard de nombreux artistes et écrivains aussi fut-elle une terre d’accueil pour les peintres qui vinrent à la recherche de sa lumière. Tunis plus particulièrement avec ses sites magiques telle que la Medina, la banlieue nord où s’érige le village de Sidi Bou Saïd, donnait dés les années 30

, « l’impression d’un centre culturel, d’une ville  qui maintenait une vie artistique intense, sinon de première qualité. A l’école, dans les cafés et dans les cercles intellectuels, les jeunes tunisiens qui promettaient, étaient accueillis et subventionnés par les « bons français », les professeurs libéraux et souvent des amateurs d’art qui se sentaient à leur aise sous la politique coloniale temporairement indulgente du gouvernement Blum ».*

*Micaud E., « Trois décades d’art tunisien », In African Arts, N°3, 1968, pp.46-55.

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Salon Tunisien, 1914, la grande salle. La Tunisie illustrée, Mai 1914.

C’est dans un tel contexte historique qu’émergèrent en Tunisie les peintres pionniers de l’art plastique tunisien, toutes ethnies, toutes religions confondues.

L’art n’est-il pas selon Sophie El Goulli, le produit d’un humus, qui, lui-même est le produit d’un milieu physique et social ?

(El Goulli S., Origine et développement de la peinture en Tunisie, thèse pour le doctorat de troisième cycle, Paris 1974, revue et publiée sous le titre : La peinture en Tunisie, origine et développement, éditions Jumeaux, Tunis 1994.)

De g. à dr. : Alexandre Fichet, Alexandre Roubtzoff, Ammar Farhat, André Delacroix, Antonio Corpora, Emile Pinchart, Nello Levy, Pierre Boucherle, Zoubeir Turki.

Le salon tunisien

Le salon tunisien fut une section artistique de l’institut de Carthage, crée en 1893. Il fut lancé en 1894 avec, à sa tête, Alexandre Fichet *. Il a duré pendant 90 ans, jusqu’en 1984.

*Né en 1881 à Paris, arrive à Tunis en 1902, officier de l’académie, officier de Nichan Iftikhar, fut un artiste peintre  et professeur de dessin à l’école professionnelle Emile Loubet et au collège Sadiki.
Il réalise par ailleurs de grands travaux de décoration à l’exposition 1900, décoration du palmarium, du casino municipal de Tunis (Lambert P., Dictionnaire illustré de la Tunisie, C.Saliba A & Fils Editeurs Tunis 1912 p190), qui en deviendra le président en 1912.
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Alexandre Fichet entouré des officiers le jour de l'inauguration du Salon Tunisien 1921. (Au dessus d'Alexandre Fichet le tableau de Jossot, Tozeur, collection privée.) La Tunisie illustrée 1er Mai 1921.

Le salon se caractérisa par l’hétérogénéité artistique et ethnique : arabe, français, juifs tunisiens, italiens, maltais, furent nombreux et réguliers à exposer aux sessions annuelles du Salon. Ils se rassemblèrent tous autour d’Alexandre Fichet grande figure de la scène artistique de l’époque coloniale. Ainsi ils enrichirent la peinture par des œuvres émanant « d’artistes tunisiens de tendances diverses, allant de l’académisme le plus classique aux hardiesses les plus nouvelles des écoles d’avant-garde. Nous trouvons parmi eux  des français :
Boucherle, Boyer, Dabadie, Demoutier, Farion, Fichet, Lasne, Louis Lemounier, Martin Goudault, Melle Nadal, Pardrant, Picard, Vergeaud ; des italiens comme Antonio Corpora et Ronca, des russes comme Roubtzoff, des israélites comme Maurice Bismuth, Jules Lellouche, Moses Levy, M. Valensi ainsi que des musulmans : Aly Ben Salem, Yahya Turki »*

*Chatelain-la vie littéraire et intellectuelle en Tunisie de 1900 à 1937-librairie orientaliste Paul Geuthner Paris 1939 p 250

L’Ecole des Beaux-Arts

Non moins importante fut la participation de ces peintres au démarrage et au développement de l’Ecole des Beaux-Arts de Tunis, crée en 1923. Cette école put fournir sous Boyer, puis sous le peintre Jean Antoine Armand Vergeaud*, un enseignement artistique inspiré des programmes enseignés à Paris.
Elle forma les premiers peintres tunisiens, ceux qui donnèrent la première génération tels que Henri Saada, Jules LelloucheAly Ben Salem, Abdelaziz Gorgi et d’autres…Ils deviendront enseignants par la suite et contribueront à l’enracinement et la pérennité de cette institution majeure qui connaitra une évolution constante et une place de plus en plus importante dans l’enseignement supérieur de nos jours.
Qu’ils fussent formés à l’Ecole des Beaux-Arts ou qu’ils fussent autodidactes, ces peintre, grâce à leur talent, purent attirer l’attention des grands maitres de l’époque. Ainsi Maurice Bismuth a été l’élève d’Emile Pinchard, Edgar Naccache fut l’élève de Maurice Picard, un de ces libéraux dont Fichet était le chef de file. Il fut encouragé par Antonio Corpora, Moses Levy, M. Valenzi et Pierre Boucherle « J’allais voir leurs expositions, nous dit-il, ils étaient pour moi le premier musée d’art moderne. » **

*Vergeaud A. : né le 3 Aout à Angoulême et décédé à Tunis le 5 Octobre 1949. Il expose dès 1910 au Salon Tunisien jusqu’à la fin de sa vie. Connu par ses portraits : il exécute un portrait du bey Ahmed Pacha (1929-1942), destiné à la grande salle du trône en 1930, voir Souissi M’hamed, Les peintres européens en Tunisie (1900-1931), thèse pour le doctorat de troisième cycle, Paris, mars 1982.
**Témoignage du peintre Edgar Naccache, recueilli à paris, décembre 1995.

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Le groupe des Quatre 

C’est en 1936, que de la rencontre des quatre peintres naquit le « Groupe des quatre ». Il réunissait les peintres Antonio Corpora*, Jules LelloucheMoses Levy et Pierre Boucherle.
Avant-gardiste et novateur, ce groupe s’intègre dans le courant pictural le plus dynamique de l’époque, celui de la peinture abstraite, en particulier grâce à l’engouement artistique de Corpora. Ils choisirent la galerie « Art nouveau » pour exposer leurs œuvres.

*D’ancêtres italiens, il est né à Tunis en 1909, et fut l’élève de l’école des beaux-arts. Il exposa dès 1929 au Salon Tunisien. Précurseur de l’abstraction en Tunisie et surtout en Italie après la 1ère guerre mondiale. La peinture européenne en Tunisie sous le protectorat – Publication du centre d’art vivant de Tunis-juin déc. 1989.

Le groupe des 10

Ce groupe est né d’un mélange de deux générations de peintres. Il se constitua d‘artistes qui exposèrent ensemble à la galerie « Art Pictural » à Tunis.
Il regroupait les peintres : Ammar Farhat, Edgar Naccache, Emmanuel Bocchieri, Jules Lellouche, Marie Goyer-Antray, Miranda, Moses LevyPierre Boucherle et Yahya Turki.

Ce groupe des Dix créa en 1947 une œuvre unique en son genre. Ce fut un tableau peint et signé de la main des 10 artistes.

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Groupe de 10 peintres, dix signatures, huile sur contre plaqué, 50X40 cm, signé et daté 1947, collection ministère de la Culture.

De ce groupe qui retrace toute une époque allant des années 30 à l’année 1955 est né un projet d’édition de lithographies de certaines œuvres en séries numérotées et limitées. Ce projet vit le jour de l’année 1990. Aussi ce groupe des Dix donna-t-il naissance à l’École de Tunis qui portera haut le flambeau de la peinture tunisienne, depuis les années cinquante, jusqu’à nos jours.

Le développement des Espaces d’art.

Il fut le résultat inéluctable de l’évolution de l’activité picturale. En effet, dès les années 30, plusieurs galeries commençèrent à apparaitre.
La galerie « Art nouveau » ouverte en 1927 fut l’espace d’exposition de prédilection des groupes des 4.
Dans les années 40, l’avenue Jules Ferry (actuelle Av. Habib Bourguiba) connut l’ouverture de deux galeries :
« Peinture 41 » et la « Galerie Lellouche ». Elles accueillirent avec la galerie « Art Pictural », crée en 1948, les œuvres des peintres Jules Lellouche et Moses Levy. Celui-ci exposa aussi à la galerie « Arts » qui siégeait sous les arcades non loin du Magasin Général. Cette galerie organisa le prix de la jeune peinture qui fut décerné en 1950 au peintre Edgar Naccache.
Une tradition picturale s’est instaurée par la participation régulière à des expositions qui s’organisèrent à Tunis, dont la plus importante était le « Salon tunisien », et par l’encouragement apporté aux jeune peintres tels que : Ali Belagha, Jalel Ben Abdallah, Ammar Farhat, Abdelaziz Gorgi, Hatem El Mekki, Yahya, Hedi et Zoubeir Turki

Ainsi, à côté d’autres expressions artistiques, la peinture, a été un domaine où les artistes tunisiens ont pu affirmer leur existence dans un contexte historique marqué par le colonialisme. Les peintres tunisiens, toutes ethnies confondues, ont permis la sensibilisation à l’art d’un milieu socioculturel plutôt hostile à la représentation par l’image et ce, en recréant par les formes et les couleurs ce qu’il y a de plus caractéristique de notre vécu. Ils ont en somme apprivoisé, voire même adouci nos mœurs pour qu’on soit plus à l’écoute de leurs tentatives multiples. La Tunisie, terre de prédilection pour de nombreux artistes, en s’ouvrant à eux, s’est ouverte à une forme d’expression tout à fait étrangère à sa culture, qu’elle adopta, cultiva et épousa.

Les peintres juifs de Tunisie

Hasna Touati (Université de Tunis I)

Histoire Communautaire Histoire plurielle - La communauté juive de Tunisie. Actes du colloque de Tunis organisé les 25-26-27 Février 1998 à la faculté de la Manouba. Centre de Publication Universitaire.