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Archéologie - Encore un site en danger : Adieu Thapsus… on t’aimait bien…!

 

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Au moment où l’on s’attendait à une nouvelle page de concertation que la providence et les martyrs de la révolution nous ont offerte, nous voyons les trax, le fer et le béton surgir de partout, menaçant de réduire à néant des siècles d’histoire. Les principaux perdants sont les habitants eux-mêmes qui vont compromettre tout l’avenir de leur ville et effacer une histoire qui n’est pas seulement la leur, mais celle de l’humanité, surtout.

Thapsus, Bekalta ou plutôt Ras Dimas, dans le gouvernorat de Monastir, l’un des derniers sites archéologiques du littoral, dont la renommée  historique internationale n’est plus à démontrer, connaît depuis le 14 janvier 2011, une contre-révolution. Le site archéologique, véritable réserve de la mémoire de la Méditerranée, constitue depuis plus d’une vingtaine d’années, une pomme de discorde entre les populations locales et certaines composantes de l’autorité régionale dont notamment les municipalités, d’un côté, et le ministère de la Culture représenté par l’Institut national du patrimoine, de l’autre. La réserve archéologique se trouvant surtout en bord de mer, les terrains, ont vu  le temps aidant leur prix augmenter, d’autant plus que plusieurs projets touristiques ont été mis à l’étude, et certains même réalisés, contribuant, légitimement, au désir des propriétaires de disposer de leur bien. Or il s’agissait de terrains dont le sous-sol regorge d’une immense richesse archéologique qui, en certains endroits, couvre plus de 12 siècles de notre histoire. Les fouilles entreprises à grande échelle au cours des années 90, par la volonté du directeur général de l’époque, Abdelaziz Daoulatli ont permis de réaliser de magnifiques découvertes et la restauration de certains monuments, constituant un acquis sur le terrain comme peuvent en témoigner, entre autres, les vestiges de l’amphithéâtre. Cette courte éclaircie s’est soldée également par la formation d’une jeune équipe d’ouvriers spécialisés dans la fouille archéologique et la participation d’un grand nombre d’étudiants dans ces chantiers pilotes.

Jules César est passé par là

Malheureusement, cet effort n’eut plus de suite avec les directeurs généraux suivants et le site a vivauté, grâce à des actions ponctuelles sans envergure réelle. Entretemps, et avec la complicité des conseils municipaux de la ville, une invasion lente et silencieuse (les fameux chantiers des weekends et autres jours fériés), a commencé à rogner les terrains soumettant l’administration du patrimoine au jeu du chat et de la souris. Toutes les tentatives de s’asseoir avec les autorités locales et régionales, afin de discuter d’un véritable plan d’aménagement du site, qui comprend, il faut l’avouer, des zones constructibles, et d’aboutir à un consensus au profit de la région, et surtout de ses habitants, n’ont pas eu de suite. Pourtant,  la sauvegarde de cette richesse archéologique va profiter en premier lieu aux habitants de Bekalta, qui ne sont pas conscients que par leur action, ils  vont détruire leur propre mémoire, l’histoire de leur histoire, celle de leurs enfants, celle de leurs ancêtres sur des dizaines et des dizaines de générations.
Un plan d’aménagement combiné entre espaces archéologiques, espaces verts et habitations ou services aurait permis à Bekalta de constituer un pôle aussi bien archéologique que touristique d’un intérêt exceptionnel, en plus de la renommée de cette ville  à travers l’histoire.

D’aucuns, ou plutôt beaucoup, ignorent que devant les portes de Thapsus, se joua l’avenir politique de la Méditerranée en 46 av. J. C. entre les soldats de Scipion, encore un autre, et Juba, le  roi de Numidie, d’un côté, et Jules César, non pas celui de la BD d’Astérix et Obélix les Gaulois,  mais le véritable Jules César, au cours de la «Guerre d’Afrique». Sa victoire décisive contre cette coalition de Pompéen allait ouvrir grandes les portes vers  le futur régime impérial à Rome au lieu du régime républicain. C’est devant cette ville que l’une des pages des plus importantes de l’histoire de la Méditerranée s’est écrite. Imaginer les futurs communicateurs et décideurs du patrimoine et du tourisme promouvoir et créer annuellement des circuits de visites sur les « traces de César » et faire revivre ces péripéties par des spectacles, animations, conférences à une clientèle nationale et surtout internationale.

Mais Thapsus est également  un port, florissant depuis au moins le Ve siècle av. J.-C., selon l’état actuel des fouilles. A partir de cette période, ce port s’ouvrait, d’une manière exceptionnelle, par rapport aux autres ports du Sahel, sur toutes les grandes destinations de l’époque, Alexandrie, Athènes, Rhodes, Samos, Délos etc.  Au Ve siècle av. J.-C. les libyphéniciens, les thapsitains, dégustaient déjà, les meilleurs vins grecs de l’époque dont les vignobles étaient nichés dans les petites îles de la mer Egée. La Méditerranée n’est pas une mer mais un continent. La grande nécropole punique que nous essayons de préserver, contre vent et marée, n’a rien à envier aux tombes étrusques, par son architecture. Oui, nous disons bien les tombes étrusques, les objets qu’on y découvre constituent un livre ouvert sur le commerce international de l’époque, le commerce régional et l’artisanat local.

Ce même port, au cours de la période romaine, a constitué un complexe extrêmement important, disposant d’une série de moles constituant un abri contre les vents du Nord-Est, en même temps qu’une aire de mouillage  qui s’achève par un phare, le tout s’étendant  sur presque 3 kilomètres  en haute mer. La quantité de pierres, nécessitée pour cette œuvre, égale le volume des pierres constituant une pyramide égyptienne. Faites la comparaison et jugez par vous-même le savoir-faire, le génie romano-africain. Le génie n’est pas  uniquement  pharaonique. La mosaïque des lutteurs, livre iconographique sur ces dieux des stades au teint basané, vaut la visite de cent musées.  Le complexe de  l’Ajbab, citernes alimentant la ville antique, nous interpelle par son originalité, ainsi que le Ribat islamique dont quelques vestiges veillent encore au bord de la mer.

Lettre morte

Au moment où les jeunes et les moins jeunes de la Chebba se sont soulevés comme un seul homme pour sauver les abords du monument de Bordj Khadija, on se demande où sont les universitaires, les intellectuels, les élites de Bekalta.  Jusqu’ici, les agents et officiels de l’INP n’ont trouvé que harcèlements, interdictions et menaces, la garde nationale est débordée. Les quatre correspondances envoyées par l’INP à la municipalité des lieux depuis le 10 février 2010 jusqu’au 22 mars, ainsi que celle envoyée au gouverneur de Monastir sont restées lettres mortes.

Au moment où l’on s’attendait à une nouvelle page de concertation que la providence et les martyrs de la révolution nous ont offerte, nous voyons les trax, le fer et le béton surgir de partout, menaçant de réduire à néant des siècles d’histoire. Les principaux perdants sont les habitants eux-mêmes qui vont compromettre tout l’avenir de leur ville et effacer une histoire qui n’est pas seulement la leur, mais  celle de l’humanité, surtout.

Notre appel va  aux enfants de la révolution de cette ville, les véritables patriotes , qui doivent s’engager avec toutes les autorités pour  tracer une nouvelle politique patrimoniale et archéologique   au bénéfice de Bekalta  et de toute la Tunisie. Mais il faut tout d’abord arrêter le massacre.

Actualités : Culture
Auteur : Habib Ben Younes (Archéologue- muséologue)
Ajouté le : 04-04-201
Source : La Presse de Tunisie

 

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