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Rencontre avec Houcine Tlili, historien de l’art : Une petite et très pétillante histoire

vril2011/histoir-artHoucine Tlili est historien de l’Art et esthéticien – chercheur à l’Institut National du Patrimoine et enseignant dans les écoles supérieures d’arts plastiques.

Il est aussi critique d’art et grand agitateur du secteur. Nous n’avons eu à lui poser qu’une seule question :

« Brièvement où en est la peinture tunisienne, en ce moment ? Où l’ont emmenée les générations premières et qu’est-ce qui perce à l’horizon ? »


Houcine Tlili : L’histoire de la peinture en Tunisie n’est pas très ancienne. Elle ne commence que vers la fin du 19ème siècle. Elle est déterminée par la peinture orientaliste dominée par les occidentaux qui étaient à cette époque conquérants. La peinture tunisienne ne peut échapper à ces caractéristiques déterminantes que lui ont imposées les colons.

Durant le 19e siècle, le seul peintre tunisien était Ahmed Osman, fils d’un général de l’armée beylicale, qui a étudié la peinture académique à Rome et qui a eu à accompagner les Beys dans leur déplacement. C’est lui-même qui a réalisé le fameux portrait de Kheïreddine Pacha à Cheval.

Malheureusement, de 1850 à 1900 il n’y a pas eu beaucoup d’émules à part quelques naïfs qui ont essayé sans trop convaincre de s’initier à la peinture occidentale de chevalet.

Le véritable départ de l’histoire de l’art en Tunisie remonte à l’époque de ces peintres autodidactes dont les plus fameux sont Abdul qui s’initia à la peinture occidentale en France et Abdelaziz Berraïes qui était malentendant et qui était doté d’un imaginaire foisonnant suivis d’autres tel que Yahya Turki et plus tard Ali Ben Salem. A signaler que ce dernier est le premier à avoir fréquenté l’école des Beaux-Arts puisqu’il y est entré en 1933 date de l’ouverture de cette école.

Hatem Mekki qui était le plus avancé au niveau de la réflexion sur l’art n’a pas fréquenté l’école des Beaux-Arts.

Il était plutôt graphiste. Le plus important était cette volonté de rupture avec la peinture coloniale orientaliste. Cela s’exprime parfaitement dans les premiers tableaux de Ali Ben Salem. Il a essayé de coller à la Médina dans ses turbulences, ses problèmes, son histoire. C’est lui qui a donné un visage à des gens qui était considérés jusque-là comme une masse anonyme.

L’autre peintre qui a emprunté le même chemin, c’est Yahya Turki mais il est demeuré autodidacte même après avoir fréquenté les peintres français. Cela ne l’a pas empêché de réaliser une peinture de qualité avec l’utilisation des vraies couleurs et saveurs de la Médina et de son architecture.

Ces deux là ont été les premiers à contrecarrer la vision orientaliste qui était basée sur un mépris conscient ou non. Ils ont occulté ses misères en optant pour sa beauté secrète. Bien sûr qu’il ne faut pas généraliser et mettre toute la peinture orientaliste sous le label de la décadence, il y eut, bien sûr, une peinture orientaliste humaniste, démocrate comme celle par exemple du Baron d’Erlanger.

Avant l’Indépendance, il y eut aussi l’action du groupe des quatre avec Lellouche, Moses, Corpora et Boucherle qui furent à l’origine de la création de l’Ecole de Tunis et ont été très importants dans le rassemblement des futurs membres actants de cette institution dont la fondation va marquer la deuxième grande rupture avec la peinture coloniale.

L’enjeu était, encore une fois, la découverte de l’espace fondateur et fédérateur de la Médina.

Suivirent la flopée des peintres très connus aujourd’hui, le grand Gorgi, Zobeïr Turki, Ben Abdellah, Farhat, Bellagha etc…
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Photo : 1953 au café de Paris - De g. à dr. : Emmanuel Bocchieri, Yahya Turki, Ammar Farhat, Moses Levy, Pierre Boucherle, Abdelaziz Gorgi.

Ces peintres de l’Ecole de Tunis ont eu pour mission d’organiser la vie artistique de la Tunisie, en assumant la continuité du salon de Tunis et en créant le service des arts plastiques au ministère, l’Union et la commission d’achat. Ils ont enrichi le fonds pictural national qui nécessite aujourd’hui pour sa mise en valeur la création d’un Musée d’Art Moderne.

Evidemment que ce pouvoir concédé pour le jeune Etat Tunisien va être créateur de quelques dérives. Peut-être la plus grave étant la défense et la volorisation des œuvres de tout le groupe en refusant de reconnaître la moindre existence à ceux qui se trouvaient, pour une raison ou une autre, en dehors de la citadelle.

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Amara Debbich qui repartit en France pour mourir, le groupe des Six avec Belkhoja, Larnaout, Rochignani, Gmeh, etc… ont essayé d’ouvrir d’autres horizons dans le cadre d’une polémique artistique et des critiques à peine voilées à l’égard de la monopolisation du marché de la peinture par cette école d’autant que ce dernier était, dans sa majorité, dominé par la commission d’achat. Il y avait bien sûr quelques rares collectionneurs mais qui n’investissaient que dans les valeurs reconnues par l’Ecole de Tunis.

Celui qui a pu, réellement, créer une rupture avec l’école de Tunis, et par dela, paradoxe de l’histoire, avec encore une fois, la peinture coloniale, c’est Belkhoja. Il y eut toujours la Médina au cœur du débat, traitée par Belkhoja d’une manière graphique en créant le lien nouveau ou insoupçonné jusque-là, entre architecture et calligraphie. Ce fut un apport extraordinaire à l’art tunisien.

D’autres groupes vont voir le jour : Irtissam, Ettassoui, Chiem plus tard mais – comme par hasard – la polémique demeurait encore comment sortir de la domination totale de l’Ecole de Tunis pour ancrer une autre forme de peinture chez le peuple tunisien.


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Même aujourd’hui, on en est encore là, l’impact de l’Ecole de Tunis et des groupes ou individus qui se sont opposés à sa puissance, demeure d’une vivacité extraordinaire. Ce qui va accentuer l’intensité du débat autour de la différenciation.

La vie artistique connaît aujourd’hui un développement énorme avec l’ouverture de plusieurs écoles d’arts. On en est à 15 000 étudiants. Du jamais vu !

Les salles d’expositions et les galeries foisonnent. Le Centre ville et la banlieue – Nord jouent un rôle de premier ordre quant à l’agitation et l’animation du domaine des arts. De même que des manifestations sous forme de Festival ou autres, sont en train d’ancrer leurs racines à l’intérieur de pays. Des nouvelles tendances voient le jour.

Le problème essentiel demeure le marché de l’art parce que c’est à grâce à lui et à son essor que ces milliers de jeunes vont pouvoir vivre.

Hechmi GHACHEM

Tunis - Samedi 23 avril 2011

Source: Le Temps édition électronique

 

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