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Rencontre : De Facebook à la galerie d'art, les images qui ont fait la révolution

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Jusqu'à la chute du dictateur, écrire « Dégage Ben Ali ! » sur un mur, sur une toile ou sur la Toile était passible d'emprisonnement en Tunisie. Certains artistes, tels que Zed, un graphiste maroco-tunisien ou encore Z, un blogueur-caricaturiste, prenaient pourtant le risque d'exprimer leur révolte contre le régime liberticide.

 

Rero, "Intervention murale Dégage", Rouen, 2011 (Francis Beddok)
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Zed raconte son quotidien, quand il étudiait les beaux-arts à Nabeul, sous le régime de Ben Ali :

« Pour acheter une bombe de peinture, il fallait donner une pièce d'identité. La photo, la vidéo étaient extrêmement surveillées. Il fallait aller au poste de police pour obtenir une autorisation et c'était les humiliations et les insultes…

Dès que l'on sortait un appareil photo, la police venait, je me souviens d'une anecdote où la police a détruit les appareils de l'Institut supérieur des Beaux-Arts, ils voulaient récupérer des pellicules sur des réflexes numériques !

On se sentait oppressés. La culture était surveillée par Ben Ali, il n'y avait pas de scène culturelle alternative. »

Cette scène culturelle alternative, quasi-invisible il y a quelques mois, est à découvrir à la galérie Itinérrance jusqu'au 30 avril. L'exposition s'intitule « Dégage ! » – en référence au terme scandé par les Tunisiens rassemblés le 14 janvier, sur l'avenue Bourguiba à Tunis, à l'attention du dictateur Ben Ali qui, le soir même, prit la fuite.


« Des artistes enfin libres de s'exprimer et de circuler »

L'idée de rendre hommage à ces artistes, ayant pris le risque de s'engager contre le régime du dictateur tunisien, s'est imposée comme une évidence à Mehdi Ben Cheikh, directeur de la galerie :

« J'ai vécu vingt ans en Tunisie. Le 12 janvier, je me suis rendu là-bas pour participer aux manifestations. Deux jours plus tard Ben Ali quittait la Tunisie et je suis resté quinze jours. Je suis revenu avec l'idée de monter quelque chose […] avec ces artistes enfin libres de s'exprimer et de circuler. »

Le concept de Mehdi Ben Cheikh séduit la mairie du XIIIe. Cette dernière accepte que le « pochoiriste » Rero appose, le 13 avril, sur la façade d'un immeuble, prochainement démoli, situé au 81-83, rue du Chevaleret. Une œuvre éphémère représentant en lettres géantes l'emblématique verbe à l'impératif. (Voir la vidéo):
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"DEGAGE!" - Teaser de l'Exposition / par OAOFB from OAOFB on Vimeo.

 

 
« Bikolli hazm » est une autre œuvre emblématique de la révolution tunisienne. Zed l'a publiée le 8 janvier, une semaine avant la chute du dictateur, sur son compte Facebook :

« J'ai créé cette œuvre le 7 janvier, le soir du second discours de Ben Ali en réaction à ces propos où il insistait sur le fait qu'il allait être ferme. C'est pourquoi ce tableau s'intitule “Bikolli hazm”, “Avec fermeté” en français.

J'ai posté le soir-même. Ma famille m'a demandé de l'enlever, mes proches trouvaient cela trop dangereux … ce que j'ai fait. La nuit suivante, je l'ai finalement remise, il y avait eu trop de morts, je ne pouvais pas faire autrement. »

Quelques heures plus tard, des milliers de tunisiens l'utilisent comme image de profil Facebook. Comme un cri de ralliement contre le pouvoir en place :


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Zed, "Bikolli hazm", Technique mixte, 2011.

Il évoque avec passion sa réalisation :

« J'ai utilisé une sculpture soviétique, “L'Ouvrier et la Kolkhozienne”, parce que j'adore ce style et j'ai remplacé le marteau et la faucille, par un drapeau tunisien et un fusil. Je me suis inspiré également de “La liberté guidant le peuple”.

Je ne pensais pas qu'elle aurait un tel impact… Je n'aurai pas pu la réaliser sur place, j'ai pu le faire, parce qu'en France, j'avais le recul nécessaire face aux événements.

Je suis rentré en Tunisie le 16 janvier, tout était sous le contrôle de l'armée et j'ai pris des photographies pour faire les autres tableaux. »

Mehdi Ben Cheikh précise :

« Cette œuvre est devenue l'image symbole de la révolution tunisienne, toute cette génération de jeunes “geek” communiquant via Internet et les réseaux sociaux. »

En outre, tout au long de la révolution de Jasmin, Zed a permis à de nombreux tunisiens de visionner des vidéos censurées par les autorités. Il témoigne :

« Heureusement, nous avions Facebook, c'était impressionnant de voir comment des groupes de plusieurs milliers de personnes se créaient en quinze minutes : tout circulait, les vidéos, les photos…

Avec un ami, nous nous sommes relayés jour et nuit pour poster des vidéos, il fallait que le peuple tunisien soit informé. »

« Je me suis senti investi d'une mission »



Z, quant à lui, crée en 2007 le blog satirique DébatTunisie où il dénonce les dérives et abus de l'ancien régime :

« Petit à petit, la forme qui s'est imposée a été celle de la caricature accompagnée d'un texte. (…) La caricature existait en Tunisie, mais elle n'était pas du tout politique, j'ai donc profité de la brèche. Internet était très contrôlé.

J'avais tout de même des visiteurs grâce à Facebook et aux proxys utilisés pour surfer anonymement sur le Web. Au fur et à mesure, je recevais des mails de soutien des lecteurs et petit à petit, je me suis senti investi d'une mission. »

Z, Vers la révolution... posté le 8 janvier 2011 (DébatTunisie).
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Sous cette caricature, Z écrit, sur le blog DébatTunisie, le 8 janvier :

« Notre seul mot d'ordre ne peut être aujourd'hui que : “Dehors Ben Ali ! ”. Si à l'unisson, de Tataouine à Bizerte, nous scandions ce slogan (qui commence d'ailleurs à s'exprimer ici et là) il est à espérer que ceux qui tiennent les armes, police et militaires, se rangeront aussi du côté de la population… »

Il devient rapidement un des caricaturistes les plus célèbres de Tunisie et commence à déranger le pouvoir en place, qui le classe parmi les « cyberdissidents » :

« J'ai été censuré en 2008, fort heureusement, j'avais veillé dès le départ à être anonyme. Je me connectais de manière sécurisée. Cela m'a permis pouvoir exprimer les véritables problèmes de la Tunisie, à savoir la mainmise du clan Ben Ali sur toutes les richesses et projets du pays. »

« On se sentait oppressé. La culture était surveillée par Ben Ali »

L'année 2009 sera particulièrement difficile pour Z, une blogueuse, avec qui il communique régulièrement, est arrêtée et placée en garde à vue pendant cinq jours.

« C'était une tentative pour me faire sortir de mon trou et envoyer un signal fort à tous ceux qui commençaient à vouloir “faire chier le système”. J'ai redoublé de précautions car je ne savais pas s'ils m'avaient identifié ou pas.

J'ai passé un an à Paris sans voir mes proches afin de ne pas les mettre en danger. Voyant que mes parents n'étaient pas embêtés, j'ai compris qu'ils n'avaient pas réussi à m'identifier. J'ai pris mon courage à deux mains et je suis rentré. »

Même si les maisons d'édition et les télévisions le courtisent, le caricaturiste Z tient, quant à lui, plus que jamais à son anonymat. Vingt années de dictature l'ont rendu prudent, même s'il estime que la « principale révolution s'est faite dans les têtes : nous n'avons plus peur. Mais l'anonymat me garantit une totale liberté ».

L'exposition présente également les œuvres des Iraniens ICY & SOT, qui continuent la lutte en taguant les murs de Téhéran.

 

  • Dégage ! exposition à la Galerie Itinérrance 7bis, rue René Goscinny Paris XIIIe - M° ligne 14/ RER C Bibliothèque François Mitterrand - jusqu'au 30 avril - du mercredi au samedi de 14h-19h - Rens. : (0)1 53 79 16 62.
  • Photo et illustrations : Rero, « Intervention murale Dégage », Rouen, 2011 (Francis Beddok) ; Zed, « Bikolli hazm », Technique mixte, 2011, Z, Vers la révolution… posté le 8 janvier 2011 (DébatTunisie).

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Par Anne Demoulin | Rue89 | 27/04/2011 | 15H16


Source: Rue89

 

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