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Quand les fourneaux de l'art envahissent la rue en Tunisie

mai2011/manif29jan-Tunis-Arts-et-Parite-Sabiha-GribaaComment les Tunisiennes concoctent-elles en cuisine les œuvres qui conquièrent l'espace public à coups de happenings ? Une recette à la Léa-Véra Tahar !

Apparemment, le rythme des initiatives les plus variées s’accélère, pour occuper la scène politique et culturelle. Les Tunisiennes le démontraient déjà sous le protectorat. Il suffit d’évoquer la danseuse contemporaine Habiba Msika, qui dès l’apparition du mouvement artistique international d’avant-garde au début du siècle dernier, lançait ses chorégraphies chantées dans les plis d’un futur drapeau.

 

Individualités multiples

 

L’heure est à l’occupation citoyenne de l’espace public par les artistes tunisiennes. La voie peut prendre celle d’une association sérieuse : «Parité et Egalité » lançant sa campagne «1000 profils de Femmes» pour des candidatures à l'Assemblée Constituante en vue des élections de juillet.

Elle peut aussi fonctionner sous l’impulsion individuelle : la scénariste et réalisatrice Moufida Fedhila vient de s’engager, en collants-Superman dans une « street’art performance », jouant le jeu d’élections anticipées SuperTunisian. Un parcours mouvementé, du parvis du Théâtre de la Ville de Tunis aux arcades du Capitole. Une démonstration en contrepartie des psalmodies intégristes vouant aux gémonies toute apparition féminine. Un «art de choc», comme le déclare Mahmoud Chalbi, plasticien, supporter inconditionnel de toute agit’prop.


Happenings, performances, installations, expositions ambulantes s’emparent du moindre recoin public : parking, terrains vagues, placettes, pans de murs. La volonté à la fois de marquer symboliquement l’environnement avec la révolution toute neuve, et de reconstruire.

Elles ont défilé le 29 janvier 2011, à titre individuel ou collectif, pour cette manifestation de la Parité, avec la pancarte «Hommes Femmes aux fourneaux».

 

Sortir des fourneaux

 

L’avenue tunisoise Bourguiba, a connu les premières œuvres féminines ambulantes de Léa: un certain art «naïf» et coloré pour une féminité en seins exposés.

Seins de fillettes, seins de femmes : "la corporéité" en toute santé d’esprit, sans vouloir confondre constamment féminité et maternité. Et la création artistique, indépendante de l’engendrement.

Des années que Léa s’est mise à créer. A l’époque de la scolarisation de ses enfants, elle a fait de sa cuisine un chantier. Et d’abord, comme pour moult de ses consœurs, dans un pays ou le conditionné alimentaire est rare, le gastronomique est prégnant. Aussi se lance-t-elle dans le premier essai publié en 1992, «Ecritage, ravaudage au pays du ménage», sur un chapitre d’identification à un légume-roi.

Elle remporte un Prix au Forum Femme Méditerranée de Marseille (94), sur la nouvelle «La Rumeur», qui sera jouée l’année suivante sur un bûcher au cœur du Club Tahar Haddad et à l’ambassade d’Algérie. Sur le thème, l’art résiste à l’enfermement des femmes, leur stigmatisation : là, la matière scénographique (tirée des abattoirs) est à la fois culinaire et macabre.

 

« Elle n’a qu’à ouvrir l’espace de ses bras … »

 

Avec le papier mâché, Léa va s’ouvrir des ribambelles de personnages primitifs, dont je me trouve encore incapable d’en répertorier les origines ou les sources ; et surtout en Tunisie.

Et c’est peut-être dans cette rencontre avec l’Art que se partagent davantage opérations de groupe et contact avec le public.

Toujours est-il que Léa participe à de nombreuses expositions de la banlieue tunisoise depuis une dizaine d’années et se mobilise autour du 15 mars pour Art dans la rue et Art de quartier, cette intervention assez importante sur la zone inhabitée du Kram et dans les villes populaires alentours.

A l’initiative de Faten Rouissi[1], plasticienne, Léa, un collectif de plasticiens, les voisins, les habitants de ces terrains vagues où sont abandonnés carcasses de voitures brûlées pendant les affrontements de janvier 2011, vont au devant d’une population que n’effleurait pas l’art, précédemment.

 

« … pour tout reconstruire* »

 

Car il s’agit, dans la majorité de ces démonstrations artistiques en extérieur, d’une grande première : l’art, les arts plastiques, pas toujours acceptés par les mentalités traditionnelles, ne sortent en principe pas des musées et autres lieux réservés. Question de pudeur à garantir.

Quant à la question de la sécurité, qui interdisait tout groupement informel de plus de 5 personnes, dans l’espace public, il semble qu’il se soit guéri de sa phobie.

L’art envahit le trottoir, au même titre que l’artisanat ou toute autre forme de commerce.

Dans le contexte actuel de la reconstruction, l’art de rue, mural ou panoramique, constitue un véritable mouvement de réappropriation de la sphère vitale. Peindre des carcasses de voitures, c’est introduire un sens esthétique, souvent dénaturé, par le Régime dans la période précédente. C’était fortement visible dans cette sorte de mode à édifier des murs et des villas-bunkers, des quartiers balisés de béton.

 

L’art est en mouvement …

 

… en renaissance : ces derniers mois, Léa est aussi bien conviée pour « conférencer » sur ses livres, qu’exposer, dans un café, un espace bar, au Golfe à Gammarth ou au Printemps des Arts à La Marsa.

Une dizaine d’années que Léa tient sur son blog une écritoire de questions diverses où l’ironie ne fait pas défaut.

Une époustouflante extravertie Mme Sarfati ! Un rôle à sa mesure, dans le Film de Férid Boughdir, «Un été à la Goulette» qui témoigne d'une tolérance exubérante et enjouée. ... ne déroge pas au mythe bien spécifique de la femme de tête.

La bonne humeur comme l’humour de Léa, pour conclure à ma place : «Ma belle Hélène, même lorsque nous dormons, nous parlons.» (13 avril 2011)

* Paroles de « Je l’aime à mourir » de Francis Cabrel

[1] FATEN ROUISSI Emancipated Art, Tunisia. Nafas Art Magazine

universes-in-universe.org

Interventions on cars burnt during the Tunisian revolution. Art project with artists and neighbours.


Ill. : Manifestation du 29.01.2011 - Tunis - Arts & Parité - Sabiha Gribaa

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15 mai 2011 MONIQ AKKARI - Source: Suite101

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